En deuil
Faire le deuil de mes rêves. Défi impossible qu'il faut pourtant relever....
Oublier ce désir d'une famille unie, soudée, complète, à laquelle j'ai cru si fort à chacune des naissances de mes ptits anges. C'était sans compter sur les "travers" et les insultes de mon mari. Bien sûr, j'aurais dû mettre un halte-là à cette violence verbale. Evidemment j'aurais dû exiger le respect auquel je pensais avoir droit. En aucun cas je n'aurais dû me taire et subir. Mais la peur de perdre ce que je voulais construire a eu raison de ma détermination. J'avais une famille, par mon silence et ma patience je l'ai perdue.
Jamais je n'aurais une autre chance de construire un havre de paix pour mes enfants, pour moi-même, pour l'homme que j'aime.
Remiser cette envie d'un amour fort, réciproque, durable.... J'y ai cru, avec mon mari, tellement fort que je n'ai pas pris le temps de me demander si ce qu'il m'apportait serait ce dont j'aurais besoin. Idéalisant cet homme, refusant de voir qu'il n'était pas comme je voulais qu'il soit, me trompant lourdement sur lui, reniant le fait qu'il n'était pas fait pour moi, c'est trop tard que j'ai réalisé que nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. J'ai fait une croix sur mon mariage, dans la douleur et le regret.
Mais je n'ai pas fait tout de suite une croix sur cet amour dont j'ai tant besoin. Comme une idiote, j'ai cru à ce qu'Olivier C. m'écrivait. Je suis tombée dans le panneau. M'accrochant à cette histoire à laquelle je ne croyais plus, après qu'il m'eût promis sa sincérité. J'ai laissé libre cours à mes sentiments, encouragée par ces si beaux messages, ces si tendres mots, ces si intenses moments passés ensemble.
Il faut me rendre à l'évidence: encore raté.
Il ne veut plus de moi, refuse de répondre à mes tentatives ridicules de renouer le contact, prétextant une surcharge de travail pour expliquer son silence et ses absences. Je sais bien qu'il faut que je le lâche, que je ne dois plus penser à lui, que je ne dois plus accepter son attitude. Trop dur!!! Trop mal!!! Trop impensable!!!
Ma copine Lucie m'a confié un truc qui a marché pour elle: écrire sur un morceau de bois tout ce que je recherche chez un homme, le garder sur moi 3 jours, et le jeter dans une rivière, elle assure que c'est de cette façon que la Vie lui a amené son Laurent.... Totalement risible...ridicule....c'est que des conneries...
Mais finalement, qu'est-ce que j'ai à perdre d'essayer??? Au pire il ne se passe rien, au mieux ma vie change, et j'oublie cet Olivier c. qui ne quitte pas mes pensées, dont le silence me fait tant de mal.... Ok, j'essaie...trouver un morceau de bois, réfléchir à ce que j'attends, ce dont j'ai besoin.....
Oulah! je sais bien ce que je veux pas ou plus, mais ce que je veux???
????
Après mûre réflexion, je trouve. Je note, sans m'arrêter. Plus de place sur mon bout de bois. Mince!! mais je crois que je n'ai rien oublié. Rien de vital en tous cas...
En relisant, adjectif après adjectif, tout ce que j'ai noté et qui représente ce que je rêve de trouver chez cet homme idéal, je me rends compte d'un détail. Que dis-je, une anecdote, voire une peccadille:
Tout ce que j'ai écrit, je sais où le trouver.
Chez cet homme que je connais depuis plus de 20 ans. Cet homme qui, année après année a fait partie de ma vie, tout discrètement pour commencer, de plus en plus présent par la suite, devenant une autre partie de moi. Me confortant (hélas!) dans cette obsession que nous sommes faits l'un pour l'autre. Sans tricher, je sais que c'est lui, je le sens depuis bien longtemps, et j'en suis encore plus persuadée maintenant. Le seul pour qui mon coeur bat depuis 16 ans, avouons-le. Et pour lequel je souffre tellement.
Olivier C !!!
Lui qui ne veut plus de moi !!!
Cruel Destin que le mien, qui me condamne à souffrir de cette insupportable torture qu'est la solitude de sentiments à sens unique.
Faire le deuil de mes rêves, c'est plus qu'un drame, c'est mon destin.
50 ans ensemble
Aujourd'hui, nos parents font la fête. 5o ans de mariage. Magnifique....
50 longues années passées main dans la main. Sans jamais se lâcher. Oh bien sûr, la vie n'a pas été tendre avec eux. Je me souviens vaguement de disputes, parce qu'une vache ne va pas à sa place, parce qu'une machine est en panne en pleins foins, parce que je n'ai pas obéi, pour des broutilles, la plupart du temps.
Mais jamais sans respect. Quelques insultes mal placées et surtout sans arrières pensées, dites sur le moment, mais vite oubliées. Qui font mal à ceux qui les entendent, évidemment, mais vite pardonnées.
Comment ont-ils fait?
Y'a l'amour, sans aucun doute. Mais comment deux personnes qui se connaissent juste de se voir une fois par semaine peuvent-elles décider d'unir leurs vies, faire serment de soutien et de fidélité, comment, dis-je, peuvent-elles y arriver?
Comment ont-ils pu passer par-dessus leurs différences, par-dessus les déceptions immanquables qui ont émaillé cette union, se pardonner ces petits travers qu'on trouve toujours chez l'autre mais pas chez soi????
En discutant avec Papa, je me suis rendue compte que JAMAIS quand nous n'étions que des enfants, il ne s'est opposé à Maman quant à notre éducation. Jamais devant nous en tous cas.
Toujours la main dans la main, à regarder dans la même direction. Lui s'occupait plutôt de la bonne marche du domaine, comptant sur l'aide plus qu'active, pour ne pas dire indispensable, de Maman. Elle s'occupant de construire les liens familiaux tellement vitaux pour ces 4 fillettes, leur permettant de trouver leur chemin dans ce monde si cruel, en s'appuyant sur le soutien indéfectible de son mari.
Un partenariat solide, que rien n'aurait pu ébranler, que rien n'a secoué.
En tant que femme, j'envie maladivement Maman d'avoir trouvé en l'homme de sa vie un homme solide, respectueux, honnête, digne. Je l'envie d'être cette femme dévouée, mais pas soumise, ayant le courage de ses opinions, ne reculant devant aucune difficulté pour construire le foyer chaleureux et accueillant qui fut le nôtre pendant notre enfance, et bien après.
En tant que fille, je suis fière de ce père présent mais pas envahissant, de cette mère toujours aimante, toujours là, toujours disponible.
En tant qu'être humain, je ne peux que m'incliner devant cette relation durable, saluer la chance pour ces deux personnes de s'être trouvées, de s'être unies, de s'être élevées dans le même objectif: traverser la vie ensemble.
Pas facile. Bravo à eux. Mais pas exceptionnel non plus, quand la chance est du bon côté.
Il aurait pu devenir un homme aigri, violent, alcoolique, au contact d'une épouse égoïste, frivole, volage.
Ils se sont épanouis l'un au contact de l'autre, faisant fi de leurs défauts respectifs, assumant une décision prise après mûre réflexion, basée sur la franchise et l'honnêteté.
Ces 50 passés ensemble ont fait d'eux un couple, un vrai, comme j'aurais voulu en construire un.
Ni toi sans moi, ni moi sans toi.
L'amour, le vrai, ce n'est pas ce qu'on ressent au début d'une relation. C'est ce qui se développe au fil des ans, cette habitude qui s'installe de compter l'un sur l'autre, celle qui fait qu'on devient une partie de l'autre.
C'est ce genre de couple que j'avais en tête au moment de me marier. Cette image de deux personnes âgées, ayant traversé les épreuves de la vie ensemble, n'ayant besoin de personne, parce tellement complémentaires, tellement soudées, tellement ensemble.
Il n'en a rien été, comme l'histoire l'a écrit. On ne revient pas sur ses erreurs, on essaie d'aller de l'avant. Accepter ce qui est, ou au contraire ce qui n'est pas.
Et je ne peux que porter la responsabilité de cet échec.
Prendre sur moi et et assumer une famille ravagée, des enfants écorchés et marqués à jamais par ma faute. J'ai échoué à faire leur bonheur, à reproduire ce que Maman a fait pour nous. C'était pas mon intention, mais j'ai échoué.
C'est pour cette raison que je regarde avec envie les couples heureux qui m'entourent.
Marie-Jo et son Jean-Phy, Anne-Claude et son Cristi, Papa et Maman. Tellement d'autres aussi.
Comment ont-ils fait???
Avec envie, jalousie, avec ce sentiment de n'avoir pas mérité ce qui s'est passé entre mon mari et moi. Ce sentiment d'injustice qui m'envahit de plus en plus souvent, contre lequel je lutte de toutes mes forces, mais qui m'étouffe parfois.
Oh non! Surtout ne pas flancher, garder l'espoir (!), rester ouverte, me réjouir devant ces réussites, me remplir de cette sérénité qui jaillit de ces couples heureux. Continuer à me battre pour trouver un sens à ma vie, dispenser l'amour qui dort au fond de mon coeur à ces gens que j'aime, arrêter de ne penser qu'à moi, avec l'espoir de moins souffrir.
Je participe à la fête bien sûr. Le coeur déchiré, mais j'y serai. Me réjouir de leur bonheur, alors que le mien m'est refusé. Chacun a sa croix à porter. La mienne est de plus en plus lourde, et j'aurais aimé, adoré avoir quelqu'un qui m'aide, me soutienne, me permette de la poser, quitte à prendre la sienne, mais ne pas la porter seule. Ce droit m'est refusé.
Eux se sont trouvés, ont partagé toute leur vie le poids de leurs croix respectives. Moi pas.
Félicitations à eux, et longue vie.
Du fond du coeur.
La fête sera belle, à moi de pas la gâcher.
???
Quand tu regardes en arrière et que tu te rends compte que toute ta vie tu as poursuivi des chimères, que toute ta vie n'est qu'échecs, déceptions et regrets, que te reste-t'il? L'espoir qu'un jour ça change? La force de regarder dans une autre direction??
Comme il serait bon de se dire que rien n'est perdu, que tout reste à faire, que l'espoir est encore là...
Perso, jusqu'à maintenant, j'ai toujours voulu croire qu'un jour ou l'autre la roue tourne, qu'à un moment de ma vie moi aussi j'aurai droit à cette sérénité qui émane de ceux que j'aime, que moi aussi je pourrai me dire en me couchant le soir que la vie est belle, qu'elle vaut la peine d'être vécue...
Las! peine perdue.
Y'a des gens (toi par exemple cher lecteur) qui réussissent tout ce qu'ils entreprennent. qui arrivent à donner un sens à leur vie, qui ne se posent même pas la question de savoir si ce qu'elles font est bien ou mal, elles savent d'instinct comment s’accommoder de ce qui leur arrive, et en tirer le meilleur, laissant loin derrière toute pensée ou acte négatif. Bénis de là-haut, toute leur vie se passe sans drame majeur, sans larmes (ou si peu!), sans aucun regret de ce qu'ils ou elles ont accompli, parce que toujours juste, Leur passage sur terre est semé d'embûches, bien sûr, mais elles arrivent à les contourner, à s'en faire une force, à s'en sortir sans égratignures...
Pourquoi faut-il que moi je doive me battre chaque moment pour n'obtenir à la parfin qu'un peu de compassion et de pitié de la part de ceux qui me sont chers?
Pourquoi suis-je encore dans l'attente d'un je-ne-sais-quoi qui ne vient jamais?
Pourquoi subir chaque fois l'humiliante souffrance de la déception?
A mon mariage, j'étais sûre d'avoir tiré la carte gagnante, d'avoir trouvé celui qui enfin m'accepterait comme je suis, me soutiendrait dans tous mes combats, m'accompagnerait et avec lequel je partagerais toutes ces embûches communes à chaque être humain. La suite me montrera cruellement cette erreur de jugement.
A la naissance de chacun de mes enfants, j'étais persuadée que je saurais être la mère dont ils avaient besoin, même si à l'époque j'avais déjà compris que je devais parcourir mon chemin sans épaule sur laquelle m'appuyer. Qu'importe! J'avais assez de force, de confiance et d'amour pour faire des ces adorables enfants des adultes sains, responsables et respectables...Mais, comme on me l'a si bien signifié un jour, la force d'un arbre se reconnait dans le fruit produit. la faiblesse aussi, évidemment!
C'est vrai que si mes enfants ne sont pas aptes à se débrouiller dans leur vie, c'est à moi qu'ils le doivent. J'ai voulu le meilleur pour eux, je leur ai donné le pire. Incapable de bien, la trace de mon passage dans leur vie laisse une traînée de merde qu'ils ne méritaient pas.
Qu'est-ce qu'il m'a pris de faire des enfants? De croire que je serais à la hauteur de ce rôle de mère dans lequel j'ai lamentablement échoué?
Ils sont en vie, et grâce à leur personnalité s'en sortent bien avec le bagage que je leur ai laissé. Mais ne me doivent rien, à part la rancœur bien légitime d'avoir été privés de ce à quoi ils avaient droit, et je me demande encore aujourd'hui pour quelles raison ils viennent encore à moi, surtout les deux grands, n'oublions pas que ce sont eux qui ont le plus souffert de mon comportement égoïste et irréfléchi tout au long de leurs tendres années.
Chaque contact que j'ai avec eux me rappelle les erreurs que j'ai commises, alors que je pensais agir au mieux pour eux.
Quand j'ai demandé le divorce, je pensais faire table rase du passé, oublies ces heures de chagrin, ces jours d'humiliation, ces années de déception, ces rivières de larmes.
La nouvelle Michèle !!!
Comme si par une signature au bas d'un document j'allais me transformer en une personne bien, en quelqu'un qu'on aurait envie de côtoyer, en une gagnante.
Oh bien sûr, j'ai réussi à apprendre un nouveau métier, et mes nouveaux collègues ont l'air de m'apprécier. Mais au fond je sais bien que rien n'a changé. Que je suis toujours le même boulet, la même conne qui n'arrivait pas à construire une maison en Légos sans l'aide de personne, la même qui fout la honte à son entourage, la même à qui on dit oui juste pour qu'elle nous foute la paix.
Accepter cet état de fait sans en demander plus, c'est faire le deuil de tous mes rêves, spécialement ceux qui laissaient supposer qu'un jour je serais comme tout le monde.
Espérer que la roue tourne, me lever chaque jour en me disant qu'aujourd'hui ça va aller, attendre de émotions positives. toutes ces notions, je dois les oublier, alors que j'ai passé ma vie à essayer de les intégrer.
Il faut se rendre à l'évidence: le bonheur n'est pas à la portée de tous, j'en suis la preuve vivante.
Si j'ai jusqu'à maintenant laissé une place à l'espoir dans ma vie, je sais aujourd'hui qu'il me faut apprendre à vivre sans lui.
Sans espoir, la vie n'a plus de sens. Ma vie n'a plus de sens, pourtant, et je le sais bien, il faut continuer. Continuer à faire semblant, à me lever le matin, à partir travailler, à jouer la comédie du tout-va-bien.
Fermer mon cœur à toute attente, à tout espoir, à tout sens.
Tâche Herculéenne s'il en est, mais chacun a sa croix à porter.
La mienne est lourde, et la tentation est grande de la poser au bord de la route. M'arrêter, dormir, mourir... Ne plus souffrir. Enfin.
une page qui se tourne
Voilà. C'est une nouvelle page de ma vie qui se tourne. Ce coup-ci, j'ai compris. Compris que c'est la fin. La fin d'une histoire merveilleuse, une histoire qui m'a transportée aux plus hauts sommets de l'émotion, une histoire tellement banale, tellement belle en même temps. Cet homme que j'aime depuis maintenant bientôt seize ans, cet homme qui m'a donné tant de choses, avec lequel je me suis découvert des qualités que j'ignorais, dans les bras duquel je me suis révélée femme comme jamais je n'aurais soupçonnné la possibilité avant, cet homme à qui j'ai donné mon coeur, mon âme, ma vie, mon corps... Cet homme n'est pas pour moi. Pas dans cette vie. Pas maintenant. Pas encore. J'y ai cru pourtant. De toutes mes forces. avec l'évidence qu'on est faits l'un pour l'autre. Formant un tout, chaque fois qu'on est ensemble, incomplets lorsqu'on est séparés.
Toutes ces belles choses écrites par sms...combien de fois je lui ai dit de ne pas écrire ça, que j'allais y croire, que c'était trop beau pour être vrai, qu'un jour il se rendrait compte que je méritais pas ces attentions, qu'il était trop bien pour moi...combien de fois il m'a répondu, me disant qu'il était sincère, qu'il pensait tout ce qu'il écrivait...combien de fois je l'ai cru, me berçant d'illusions, me disant que ça y était, j'aurais enfin droit à ce rayon de soleil...
Refusant de voir cette évidence que tout ça n'est pas pour moi. Oh au cours de ces années, je sentais bien au fond de moi cette petite voix qui me lâchait pas et qui disait de pas me laisser prendre... Comme une conne, je l'ai fait taire, me disant que cette voix se trompait, m'arrangeant pour ne pas l'écouter.
Qu'on se mette d'accord: je ne remets pas du tout en cause sa sincérité, loin de là. Je sens cette connexion entre nous quand on se voit. Je sens ce sentiment qu'il peine à exprimer, je sens qu'il est là, ne demandant qu'à sortir pour grandir.Le problème dans cette histoire, c'est qu'on ne se voit plus.
Il ne veut pas parler de nous à ses enfants, préférant attendre leur émancipation, par peur de les perdre. Ok, je lui mets pas la pression, je refuse de le forcer de quoi que ce soit, surtout vis-à-vis de ses enfants. ça je comprends, c'est un père avant tout, et c'est tout à son honneur, ajoutant une qualité supplémentaire à cette liste déjà longue de ce qui fait de lui un homme exceptionnel.
Maintenant que sa fille a fini son apprentissage, elle habite de nouveau chez lui. Elle refuse toute relation entre son père et moi, elle se vante devant ses copines (dont ma fille) que tant qu'il n'aura pas trouvé une autre femme que moi elle restera là, à le surveiller, l'empêchant de prendre deux ou trois heures de son temps pour venir me trouver, persuadée que je suis néfaste pour lui, que je ne donnerai aucun bonheur à son papa.
Donc, on ne se voit plus, il ne veut pas mentir à sa fille pour quelques heures passées près de moi.
Son fils est lui aussi à la maison. Ils travaillent ensemble, normal. Mais pas pratique pour écrire des sms...
Donc il n'écrit plus non plus. Moi j'essaie de garder un lien, si ténu soit-il, un tout petit fil, qui me donne l'illusion que tout est encore possible, que rien n'a changé, passant mon temps à attendre un sms qui ne vient pas, espérant recevoir cette petite icône sur mon natel, si petite, si pleine de promesses...en vain. Une ou deux fois par semaine, j'ai de la chance. Une ou deux fois par semaine mon coeur s'emballe. C'est peu. Tellement peu. Et ça fait mal.
A-t-il encore des sentiments pour moi? Pense-t-il encore à moi? Est-il encore lui aussi persuadé que nous sommes faits l'un pour l'autre???
Tant de questions pour si peu de réponses...
C'est pour cette raison que j'ai peur de l'avoir perdu. Peur de voir s'envoler ce coin de soleil auquel j'ai cru. Peur de voir s'envoler cette dernière chance pour moi de vivre enfin un peu de ce que je cherche vainement depuis que j'en ai entendu parler.
J'y crois encore, je refuse de lâcher prise. J'ai beau essayer, j'y arrive pas. Comme un enfant qui refuse de voir son rêve s'envoler, s'accrochant à ce rêve comme si sa vie en dépendait.
Pourtant je le sais, je peux pas continuer de cette façon éternellement. Faudra que je lâche, ça fait trop mal. Trop mal de lâcher. Trop mal de continuer. Je souffre. J'ai mal et quoi que je fasse (lâcher, pas lâcher), rien ne change. J'ai toujours mal.
Ne plus rien ressentir. M'endormir jusqu'à tout oublier, fermer mes yeux et laisser le temps faire son oeuvre, me réveiller avec un regard neuf, avec cette sensation d'un cauchemar dont on se rappelle juste que c'était désagréable.
M'endormir pour ne plus souffrir...
Dans ses bras, évidemment!!!
Etre une autre
Comme j'envie ces personnes qui assument ce qu'elle sont, sans états d'âme, sans se soucier du regard de l'autre, sans revenir sur leur position par crainte du rejet, surtout qui n'en font pas une maladie si ce qu'elles sont ne correspond pas à leur entourage.
Sois toi-même, qu'ils disent....Ok, mais pour ça faut déjà être...Comment on fait quand y'a rien, qu'on est juste une coquille vide, quand ce qui nous animait (l'amour, la joie, la colère...les émotions) est mort, tué par le mépris, les moqueries, l'indifférence...par le rejet, quand ça fait tellement mal d'être pointé du doigt qu'on préfère se cacher, plutôt que d'affronter ce monde auquel il faut appartenir, mais qui ne correspond à rien???
On a tous une richesse intérieure, qu'ils disent encore...les cendres, c'est une richesse? J'ai beau essayer, chercher au fond de moi, fouiller les tréfonds de mon âme, les abysses de mon coeur, (au point que ça en devienne une obsession)... Rien. Pas une étincelle, aucun élan, plus d'envies, plus de désirs... Vide. Le néant total. Rien à offrir aux autres, aucune raison de me faire apprécier de mes consors. Rien en tous cas qui m'appartienne, qui fasse de moi quelqu'un d'unique, d'irremplaçable.
Oh bien sûr, à force de faire semblant, j'arrive à berner ceux qui m'entourent..un moment. Juste le temps de donner le change... Jusqu'à ce moment où on se rend compte du vide qui m'habite. Du creux de mon intérieur. Et se passe comme d'habitude la même scène, celle que je redoute à chaque fois, celle qui me tue intérieurement à petit feu: je lis la stupeur, la déception, le désintérêt.... Comme d'hab, la personne en face de moi cherche un prétexte, parfois avec beaucoup de diplomatie. le plus souvent très brutalement, une excuse, une raison de s'éloigner. Et de se tenir le plus loin possible de moi.
Combien d'amitiés, d'amours, de relations avortées de cette façon!
Le plus drôle, c'est qu'à chaque fois, je plonge. Je réfléchis pas, je fonce...et je me ramasse. Sans jamais apprendre. Sans non plus tirer les leçons qui s'imposent.
Comme j'aimerais être une autre...
Quelqu'un qui s'en fout, quelqu'un qui se sait assez fort pour ne pas s'attacher aux autres, pour ne pas souffrir du regard désapprobateur, quelqu'un enfin qui n'a besoin de personne pour exister.
Quand j'étais petite, je me disais souvent que j'étais handicapée, et que personne ne me le disait, que tout le monde faisait semblant que j'étais "normale", alors que le tare dont je souffrais était flagrante. Un peu comme quand t'as de la salade entre les dents et que tout le monde fait mine de rien, pour pas te mettre dans l'embarras. Et j'ai passé pas mal de temps à observer les autres, à chercher quelle était ma différence, quelle était ma tare... Sans jamais rien trouver, sauf que mon entourage était vachement fort pour me cacher la vérité...
Ce handicap, je l'ai trouvé finalement. Toute seule, comme une grande.
Cà n'a pas de nom, médicalement ça n'existe pas. C'est même pas un problème d'ordre social, c'est "sentimental". C'est une incapacité chronique (par excès de confiance et de naïveté), maladive, à nouer des liens forts et solides avec les autres.
J'ai beau essayer, me forcer à m'ouvrir aux autres, lire, écouter la musique, m'informer des nouvelles de ce monde, tout ce genre de trucs, rien n'y fait.
Rien de ce qui sort ne vient de moi.
Plus maintenant.
Plus après avoir été moquée, raillée, ridiculisée, humiliée...
Mon intérieur est mort, brûlé par le feu de l'autocritique, gelé par la souffrance d'être sans relief, sans profondeur... Vide.
Etre une autre, pleine de vie, d'émotions, de générosité...juste une heure, ça doit être trop cool.
Echec
Quand on regarde ma vie de plus près, on s'aperçoit vite qu'un mot, un seul, la régit: L'échec. Echec dans les relations aux autres, dans ces interactions qui lient un être humain "normal" aux autres êtres de son espèce.
Quarante-quatre ans, et quoi de plus? aucun ami à qui confier ses plus secrètes pensées (qui par moments sont tellement envahissantes qu'on a l'impression d'étouffer), aucune épaule solide sur laquelle s'appuyer quand la vie est si lourde qu'on a l'impression de s'enfoncer sous terre (ce qui en soit ne serait pas une mauvaise chose...), aucune raison d'être fier de se lever le matin, ou juste de se promener la tête haute...
Juste une accumulation d'erreurs, de mauvais jugements, d'occasions loupées, de regrets...
Oh bien sûr, cher lecteur, tu me diras que c'est pas vrai, que j'ai réussi un CFC (à la 2ème tentative...), que trois enfants sur cette terre sont en bonne santé grâce à moi (ou par ma faute, c'est selon...), que j'ai un taf qui paie bien (c'est drôle, quand on y pense, le travail de nuit, c'est ce qui me convient le mieux, au moins je dérange le moins de personnes possible, cachée dans l'ombre de ces usines vides, n'est-ce pas...)...
Mais qu'est-ce que c'est la réussite??? un examen de CFC passé avec brio? je suis pas la seule à l'avoir raté... et c'est pas la fin du monde. Une belle et grande maison pleine de rires d'enfants, avec la voiture de sport garée devant et la piscine derrière??? dans ce cas, les villes sont pleines de gens ratés... Des enfants bourrés de diplômes et super actifs, tellement qu'ils n'ont pas le temps de te voir???
Pour moi la réussite c'est pas ça. La réussite, à mes yeux, c'est regarder sa vie avec fierté, en se disant qu'on est allé au bout de ses rêves, qu'on a fait ce qu'il fallait, et que la vie a été généreuse avec soi...
Moi j'ai une vie vide. Vide d'amis, vide d'amour, vide de sens, vide de buts, vide de rêves.
Une scolarité loupée. Un CFC raté. Un mariage catastrophique. Des enfants paumés. Des amitiés avortées. Une solitude pesante, dans mes relations aux autres comme dans une vie de couple pathétique autant qu'inexistante, en dehors de quelques heures par semaine...
Le problème, de nouveau, c'est pas les autres, c'est moi. Moi et ma vision de ce monde dans lequel je n'arrive pas à me reconnaître, à m'intégrer.
Comme je voudrais trouver dans mon passé une seule raison de dire que ma vie n'est pas vaine (me ne parle pas, cher lecteur de mes enfants, ils ont grandi tous seuls, et ce que je leur ai donné c'est juste de la souffrance, assez pour qu'ils soient armés pour assurer leur survie)...
J'ai beau chercher, je trouve rien. Y'en a qui réussissent tout ce qu'ils entreprennent avec brio et sans en avoir l'air.
Moi je rate tout. Famille, amour, amitié, travail, finances...et j'en passe.
Longtemps je me disais que ça viendrait, que la roue finit toujours par tourner, qu'il faut un peu de temps... Chimères.
Oui, la roue tourne. Pour toujours revenir à son point de départ. Oui, il faut du temps. Pour se rendre compte que rien ne change. A force d'y croire, j'oublie qu'il ne suffit pas de vouloir, qu'il faut pouvoir...à condition d'en être capable. A condition de le mériter.
Maintenant je n'y crois plus. J'arrête. Ne plus me réjouir de ce que ne viendra pas. Ne plus rêver à des illusions qui ne sont pas pour moi. Ne plus m'investir dans des rapports humains qui ne sont voués qu'à l'échec.
Echec. Que voilà un mot qui me caractérise. Et que mon entourage n'hésitera sûrement pas à utiliser s'il s'agit de me présenter.
Moi je subis l'échec avec honte, avec ce sentiment lancinant de devoir me cacher de la face du monde, ne pas montrer cette tare, ne pas crever de jalousie face à ceux dont la vie est une réussite.
La vie est une compétition. Que je perds tous les jours. Dans tous les domaines.
A quoi bon lutter???
Mon beauf
Cet homme que je prenais pour timide et mal dans sa peau, que je me réjouissais d'hébérger dans ma maison quand on aurait enfin emménagé dans la ferme familiale, que j'appréciais pour son côté naturel et simple, cet homme donc fut sûrement la personne qui m'a fait le plus de mal dans ma vie. Aîné de mon mari, le drame de la perte de leur soeur l'a encore plus détruit que mon époux. Enfant à problèmes, très couvé par sa maman, il a eu je pense de nombreuses lacunes dans sa construction personnelle, mais je ne juge pas, je déplore. Simplement.
Au moment où nous déménageons aux Prises, il n'est pas question de le mettre à la rue, les parents partent habiter aux Verrières, son domaine se situe près de chez nous, c'est décidé: il restera habiter chez nous. J'approuve, me réjouissant de partager ma vie de famille avec cet homme qui, n'ayant pas de vraie famille à lui, j'en suis persuadée, saura mieux que quiconque apprécier ce partage...
Il ne lui a pas fallu plus de jours pour me montrer mon erreur de jugement. Le premier soir de notre installation, il m'envoie copieusement balader parce que je lui demande de laisser ses bottes d'écurie derrière le porte, et non pas au pied de son lit.
Ses moqueries méchantes chaque fois que je parle à ma fille âgée alors de six mois, m'empêchant de profiter de ses premirs sourires. Ses commentaires fleuris quand je rentre de commissions, sous prétexte que je dépense trop (350.- par semaine pour nourrir 2 hommes. 2 bébés, et moi). Ses commentaires malhonnêtes à propos de nos voisins, de ma famille, de moi, de sa famille. Sa façon de me déshabiller du regard chaque fois que mon mari est absent. Sa mauvaise humeur sauf quand il s'agit du malheur d'une autre personne que lui (c'est les seules fois qu'on le voit rire...). Son habitude de passer derrière moi dans la chambre à lait pour salir la machine à traire que je viens de laver pour que mon mari m'engueule. Ses sous-vêtements qui traînent sous son lit, sans parler de son pot de chambre que c'est à moi de vider. Sa manière de se mêler de tout, fourrant son nez dans mes buffets, mes armoires, mes tiroirs, se régalant de commentaires salaces et humiliants devant mes copines. Ses mains baladeuses, toujours sales, qui n'hésitent pas à s'emparer de moi même devant mes enfants. Ses menaces de mort après le premier échange, de colère, de dépit, il avouera à son frère que c'était à lui de ma sauter, pas à son copain. Son insistance face à mon mari pour lui faire accepter un soir à trois, où il se servira de moi comme d'un jouet sexuel, son frère à ses côtés, l'encourageant à me prendre tel un morceau de viande, me laissant salie, humiliée, honteuse...par trois fois. Sa manière d'apprendre à mes propres enfants à parler, leur demandant de répéter que leur mère est folle, que c'est une putain, que c'est une merde.Son influence sur son frère enfin, il passera les six ans de vie chez nous à lui répéter que je ne suis pas une femme pour lui, arrivant à convaincre mon mari que je ne suis rien, que je lui fais du mal, qu'avec moi il n'aura que des emmerdes.
Cet homme, le frère de mon mari fut un ombre dans ce que j'aurais voulu être un ciel sans nuages, un danger permanent pour mon équilibre fragile, une menace de destruction pour ma famille. En partie responsable de l'échec de notre mariage, je pense que c'est la seule personne au monde à qui je ne pardonnerai jamais le mal fait à mes enfants, et à moi. Même sur mon lit de mort.
Les années suivantes
Après avoir raconté la 1ère et la 2ème année de mariage, vient le moment de raconter les années suivantes... Qu'en dire? Que pendant à peu près cinq ans je me suis voilé la face, jouant à l'autruche, refusant de regarder la vérité en face et de tirer ce constat accablant: mon mariage est un cuisant échec, l'homme que j'ai épousé s'avère être un homme colérique, malhonnête, pervers, et j'en passe. Il n'a, de plus, pas la force mentale pour affronter son frère (qui squatte notre salon et passe son temps à faire de ma vie un enfer), refusant tout net d'entrer en matière dans cette guéguerre qui nous oppose, sous prétexte qu'il refuse de choisir entre son frère et sa femme. Toujours amoureuse à ce moment-là, j'accepte cette situation, n'osant pas imaginer un seul instant faire souffrir mon mari en l'obligeant à faire un choix.
Pourtant je sais que ce n'est pas normal. Pas normal d'entendre mon beau-frère apprendre à mes enfants à parler en leur disant: "Répète après moi: Ta mère c'est la merde, Ta mère est folle, ta mère est une putain"... Pas normal dêtre coincée dans des ptits coins chaque fois que mon mari est absent, au point d'en avoir parfois les habits déchirés... Pas normal de me faire insulter copieusement par mon mari pour des choses que j'ai pas faites comme il faut, alors que c'est Patrick qui s'amuse à salir les machines à traire une fois que j'ai fini de les laver juste pour son plaisir à entendre mon mari m'engueuler... Pas normal enfin de lever mes enfants le matin et de les entendre me raconter comment ils ont vu "le zoiseau de tonton, qu'était comme un serpent et qui crache du liquide de la même couleur que le papier"... Non, tout ça n'est pas normal, mais je me tais, je subis, bravement, me disant qu'un jour cet homme s'en ira de chez nous, et qu'on pourra enfin former une famille. Une vraie, une qui se serre les coudes, qui reste unie contre le monde entier.... Tu parles! Au moment où Patrick quitte notre maison, mon mari est déjà sous l'emprise de Karine, un échange a déjà été consommé, le mal est fait... Dans la tête de la famille de mon mari, je suis une "bouée", à moitié folle, qui n'a d'autre qualité que sa forme physique pour effectuer tous les travaux de la ferme, mais incapable d'éduquer mes enfants, ce qui fait que ma belle-mère s'autorisera à subvenir à leurs besoins, leur expliquant que c'est elle qui les aime le plus, alors que moi je me fous d'eux...
Comment lutter contre ça? Comment reprendre le contrôle de la situation? Pendant ces années-là, j'ai lutté avec mes armes. Patience, silence, soumission. Grave erreur!!! J'y ai laissé l'amour de enfants, qui ont grandi avec cet horrible sentiment que maman ne les aime pas, qu'elle est folle, qu'elle préfère son travail à eux. Pourtant je les aime, mais la peur de décevoir mon mari est si grande que je perds toute mon énergie à essayer de le satisfaire (mission impossible, évidemment, il ne sera jamais content), sans me rendre compte que c'est au détriment de mes enfants que j'agis de la sorte.
Face à ma famile, j'essaie de donner le change, de ne pas montrer à quel point je suis démunie, à quel point l'image que j'ai de moi est déplorable, à quel point je suis consciente de l'échec de cette vie... Face à mes copines, c'est encore pire... Mon amie la plus intime, à l'époque, c'est Karine. Qui passera bien du temps à me convaincre de partir, de quitter mon mari, ce que je refuserai de faire à ce moment-là.
Les choses auraient-elles été différentes si j'avais mis un stop tout de suite?? Me serais-je sentie mieux si j'avais réussi à imposer à mon mari un choix entre son frère et moi??? Aurais-je été plus heureuse si j'avais réussi à faire comprendre à mon mari que je souffrais de ne pas recevoir l'attention, le respect, l'amour que j'attendais, que je pensais mériter???
Toutes ces questions, j'en ai fait le tour. On ne revient pas en arrière, on ne rejoue pas la même scène, on ne refait pas le passé. On dit juste que tout ce qui tue pas nous rend plus fort...
ALORS POURQUOI JE PLEURE????
Le drame de ma vie
Ma vision du monde, j'en prends conscience, est une vision tronquée, déformée par mon esprit malade de vivre, complètement à l'ouest de la réalité. En effet, j'ai la terrible mauvaise habitude de penser que les autres pensent la même chose que moi. ERREUR! Fatale erreur... Là où je mets de l'amitié, la réalité traduit de l'intérêt. Je pense empathie, la vie me répond égoïsme. Ce que je perçois comme étant du chagrin, s'avère être de la colère...
Pauvre romantique que je suis! Toujours la tête dans les étoiles, je rêve de sentiments forts, placés au-dessus de tout, au-dessus du terre-à-terre quotidien, au-dessus de la résignation.
Dans mon esprit (malade rappelons-le), un amour partagé dépasse l'entendement, transcende ces deux coeurs unis, fait fi de toutes les epreuves qui se présentent. C'est oublier trop vite la réalité du quotidien, les chaussettes sales de l'autre qui traînent, le tube de dentifrice ouvert, les factures à payer...
Dans ma vision excessivement romantique de ce monde que je comprends de moins en moins, une amitié solide c'est pouvoir tout dire à l'autre sans avoir peur de le blesser, c'est de cette façon que je fonctionne, et pour moi il est évident que les autres voient la chose de cette façon...C'est oublier trop vite que chaque personne a sa vision du monde, que ma personnalité égoïste ne laisse pas de place à l'autre, à cet ami qui n'est pas prêt à partager cette vision-là.
Chaque fois que j'aime, en amour comme en amitié, j'aime à fond. Je donne tout. Sans conditions, sans réfléchir. Je fonce. J'impose à la pauvre victime de mes coups de coeur une relation pleine de resect, de partage, de complicité. Je me livre, totalement, pieds et poings liés, laissant carte blanche à l'autre, les pleins pouvoirs. Cette pauvre victime qui n'est peut-être pas prête à recevoir ce que je donne, qui n'a rien demandé, qui n'attend rien. Et partant du principe que je donne tout, je reproduis a chaque fois la même erreur: attendre le tout de l'autre. Il est évident que chaque relation est vouée à l'échec, l'autre n'ayant jamais envie de tout partager avec une barge (pour pas dire folle), incapable de réfléchir autrement qu'avec son coeur.
C'est donc tout naturellement que toutes les relations que j'ai entretenues, en amour comme en amitié, se sont terminées dans la déception, dans l'amertume, dans la colère. Déception de mon côté, de n'avoir pas reçu ce que j'attendais (en même temps, de quel droit me rendrait-on ce que je donne, vu que ce don ne représente rien, sauf à mes yeux, et encore, tout ça n'est que chimères...), amertume et colère du côté de l'autre, en général ce que je donne fait plus de mal que de bien à l'autre, et j'ai la nette tendance à mettre le souk partout où je passe.
C'est là que tu t'apercevras, cher lecteur, de l'étendue malsaine de mon esprit malade de vivre... Au lieu de me tenir éloignée du reste de la race humaine (que soit-dit en passant je comprends toujours pas...), histoire de limiter les dégâts, je ne peux m'empêcher de récidiver. Recommencer à nouer des liens, me plonger à nouveau corps et âme dans une nouvelle relation que je sais perdue d'avance, avec à chaque fois le même shéma...
Mais qu'est-ce qui cloche chez moi??? Pour quelle raison je m'impose aux autres de cette façon? de quel droit je me permets de m'imaginer que cette fois sera la bonne, que cette fois je pourrai enfin apporter un peu de bonheur à ceux que j'aime???
Toutes ces amitiés perdues par ma faute! Là je pense à Angela, Maria, Evelyne, Isabelle, Charla, Olivier P ,Mayo, Marine...et tant d'autres...
Tous ces amours bafoués par mon égoïsme! Martial, Vait, Pascal, Olivier O., Olivier C.
Le mal que je fais, sans le vouloir, je le sais, je le paierai un jour ou l'autre. Dans cette vie, je paie pour le mal que j'ai fait au Viet Nam, et c'est dans ma prichaine vie que je paierai pour mes erreurs de maintenant. Patience à vous, tous, je regrette de tout mon coeur ce que je vous ai imposé, sachez juste que je le paierai.
Moral de merde
Que je déteste ces moments-là! Ces moments où je suis seule, et que mes idées deviennent de plus en plus sombres, jusqu'à ne devenir qu'obsessions, désirs secrets de compter dans la vie de quelqu'un, d'être aussi importante aux yeux de ceux que j'aime qu'ils sont importants pour moi...
Ces moments-là arrivent sans prévenir, insidieusement, et il est trop tard de lutter contre une fois qu'ils sont installés. Généralement, ils sont précédés d'une sorte d'euphorie, d'un sentiment rassurant au cours duquel je me considère comme chanceuse de vivre ce que je vis. Suit une sorte d'espoir, une impression que les choses vont changer, qu'enfin la vie (ou le Destin?) va se décider à me donner un peu de ce que j'attends, que la roue tourne et qu'enfin je vais me sentir bien...
Consciente qu'il FAUT absolument que je change mon point de vue sur mes attentes de "bonheur", viennent ensuite les questions: Pourquoi y aurais-je droit? Qu'est-ce qui me fait penser que les choses vont changer? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter qu'elles changent? Pourquoi j'arrive pas à me contenter de ce que j'ai? Pourquoi personne autour de moi ne semble comprendre ce que je ressens, au lieu me répondre à chaque fois que je dois prendre sur moi une situation que je refuse de toutes mes forces, au lieu de me montrer une fois de plus que je suis une éternelle insatisfaite???
C'est à ce moment que les réponses affluent, tel un fleuve gonflé par l'orage, qu'aucune force ne peut stopper.
C'est ma personnalité qui ne mérite pas l'attention des autres, de ceux qui comptent vraiment pour moi, je sais que si je dis pas ce que j'attends les autres ne le devineront pas. Et de quel droit je leur imposerait ma vision des choses? Je ne suis rien pour mériter leur attention. Oh bien sûr, chaque contact avec ce monde dans lequel je suis pas bien me laisse penser que j'ai un côté de moi qui plaît aux autres, mais qu'est-ce que je leur apporte? Quelle trace de moi est-ce que je leur laisse? Prise dans mes délires de femme à l'ego surdimensionné, je n'arrive plus à donner aux autres ce qu'ils attendent de moi. C'est l'image de quelqu'un de prétentieux, d'égoïste, de creux que je donne à ceux que j'aime. Au fond, ça doit être ce que je suis, j'en sais rien. Alors que je me sens totalement à l'inverse de cette image. Je me perçois comme quelqu'un de fade, d'insignifiant, de terne.
Incapable d'assumer cette personnalité, j'en fais des tonnes en société. Trop. Au point d'éclipser les autres, d'oublier qu'ils existent, mon besoin d'exister est tellement fort que rien d'autre ne compte pour moi.
Ce qui me renvoie à cette question: Qui suis-je pour imposer la torture de ma présence à tous ces gens que j'aime??? Ne se porteraient-ils pas mieux sans moi?Pas sans me voir uniquement, non. Sans redouter de me croiser n'importe quand,de me voir débouler sans prévenir, d'avoir affaire à moi. Ne vaudrait-il pas mieux en finir avec la vie? Mettre un terme à mes souffrances, couper l'herbe sous le pied de ce Destin qui joue avec mes sentiments, avec mon ressenti, avec mes espoirs les plus fous???
Cà serait trop simple, trop facile: Un peu trop de Dafalgan, un saut depuis la fenêtre, un coup de rasoir sur le piognet....Mais ça demande du courage, un courage que je n'ai pas. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis "réveillée" avec le rasoir dans les mains, où j'ai refermé la fenêtre en vitesse, où j'ai vomi après avoir goûté un cocktail imbuvable...
Non, décidément je n'ai même ppas ce courage, pourtant je sais au fond de moi que ma disparition serait un soulagement. Pour moi, évidemment. Pour ceux que j'aime aussi. Surtout pour eux. Plus besoin de faire semblant de m'apprécier, de s'échiner à me faire croire que je compte pour eux, de jouer ce jeu stupide et lassant où je les quitte épuisés de supporter ma présence.
Alors je continue. Mes idées sont un trou sans fond, que je n'arrive pas à canaliser. Une spirale infernale, à laquelle rien ni personne ne peut mettre un frein. L'image que j'ai de moi en prend chaque fois un coup. Jusqu'où vont-elles me mener? Aurai-je toujours la force de reprendre pied? On dit qu'une fois qu'on est tombé assez bas, on ne peut que remonter. Ce bas dont on parle, n'en ai-je encore pas vu le fond?
On dit aussi que tout ce qui tue pas rend plus fort. Où est-elle cette force? Dans ma "liberté de penser"??? Où est-elle cette liberté quand l'esprit tordu qui me caractérise me ramène toujours à cette conclusion: Je ne suis rien, je ne vaux rien, je n'ai rien à donner à ceux que j'aime. Dans ce cas, au nom de quoi est-ce que je prends le droit de m'imposer aux autres, à ceux qui comptent pour moi?
Cercle vicieux pas excellence, ce dynamisme-là me torture chaque fois que je suis seule. Et vu que j'ose pas demander de l'aide, ça me tue. Pas en vrai, bien sûr, ça serait trop beau... Non, ça tue le plus beau de ma personnalité, le spontané de mon moi, ça dessèche mon coeur, je sens qu'à l'intérieur, je deviens vide. Au bord des larmes la plupart du temps, je n'arrive plus à m'émouvoir pour ce monde froid, que je comprends de moins en mois, que j'essaie de fuir de plus en plus.
Que je déteste ces moments-là...
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