Mon beauf
Cet homme que je prenais pour timide et mal dans sa peau, que je me réjouissais d'hébérger dans ma maison quand on aurait enfin emménagé dans la ferme familiale, que j'appréciais pour son côté naturel et simple, cet homme donc fut sûrement la personne qui m'a fait le plus de mal dans ma vie. Aîné de mon mari, le drame de la perte de leur soeur l'a encore plus détruit que mon époux. Enfant à problèmes, très couvé par sa maman, il a eu je pense de nombreuses lacunes dans sa construction personnelle, mais je ne juge pas, je déplore. Simplement.
Au moment où nous déménageons aux Prises, il n'est pas question de le mettre à la rue, les parents partent habiter aux Verrières, son domaine se situe près de chez nous, c'est décidé: il restera habiter chez nous. J'approuve, me réjouissant de partager ma vie de famille avec cet homme qui, n'ayant pas de vraie famille à lui, j'en suis persuadée, saura mieux que quiconque apprécier ce partage...
Il ne lui a pas fallu plus de jours pour me montrer mon erreur de jugement. Le premier soir de notre installation, il m'envoie copieusement balader parce que je lui demande de laisser ses bottes d'écurie derrière le porte, et non pas au pied de son lit.
Ses moqueries méchantes chaque fois que je parle à ma fille âgée alors de six mois, m'empêchant de profiter de ses premirs sourires. Ses commentaires fleuris quand je rentre de commissions, sous prétexte que je dépense trop (350.- par semaine pour nourrir 2 hommes. 2 bébés, et moi). Ses commentaires malhonnêtes à propos de nos voisins, de ma famille, de moi, de sa famille. Sa façon de me déshabiller du regard chaque fois que mon mari est absent. Sa mauvaise humeur sauf quand il s'agit du malheur d'une autre personne que lui (c'est les seules fois qu'on le voit rire...). Son habitude de passer derrière moi dans la chambre à lait pour salir la machine à traire que je viens de laver pour que mon mari m'engueule. Ses sous-vêtements qui traînent sous son lit, sans parler de son pot de chambre que c'est à moi de vider. Sa manière de se mêler de tout, fourrant son nez dans mes buffets, mes armoires, mes tiroirs, se régalant de commentaires salaces et humiliants devant mes copines. Ses mains baladeuses, toujours sales, qui n'hésitent pas à s'emparer de moi même devant mes enfants. Ses menaces de mort après le premier échange, de colère, de dépit, il avouera à son frère que c'était à lui de ma sauter, pas à son copain. Son insistance face à mon mari pour lui faire accepter un soir à trois, où il se servira de moi comme d'un jouet sexuel, son frère à ses côtés, l'encourageant à me prendre tel un morceau de viande, me laissant salie, humiliée, honteuse...par trois fois. Sa manière d'apprendre à mes propres enfants à parler, leur demandant de répéter que leur mère est folle, que c'est une putain, que c'est une merde.Son influence sur son frère enfin, il passera les six ans de vie chez nous à lui répéter que je ne suis pas une femme pour lui, arrivant à convaincre mon mari que je ne suis rien, que je lui fais du mal, qu'avec moi il n'aura que des emmerdes.
Cet homme, le frère de mon mari fut un ombre dans ce que j'aurais voulu être un ciel sans nuages, un danger permanent pour mon équilibre fragile, une menace de destruction pour ma famille. En partie responsable de l'échec de notre mariage, je pense que c'est la seule personne au monde à qui je ne pardonnerai jamais le mal fait à mes enfants, et à moi. Même sur mon lit de mort.
/image%2F0175898%2F201210%2Fob_23b9ed693ecd64253a4542b7adb50312_jdxqs9uo-jpg.jpg)