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Mon Papa 2

28 Septembre 2026 , Rédigé par Michèle

Tu le sais cher lecteur, mes relations avec ma famille sont, ont, toujours été compliquées. 

Tout au long de ces années durant lesquelles j'ai essayé d'être celle qu'on voulait que je sois, j'ai toujours senti le regard désapprobateur des miens, spécialement de mon papa.

Lire la déception dans ses yeux fut un crève-cœur permanent. J'ai essayé pendant si longtemps de faire en sorte qu'il soit fier de moi!

Rien n'y faisait. Faut dire aussi que j'étais pas douée pour satisfaire mon entourage.

Toujours à côté de la plaque, j'en ai parlé si souvent ici cher lecteur, que je t'invite à consulter mes autres articles. 

Bref, j'ai souffert quand celui qui est devenu mon ex-mari a demandé ma main à mon papa, qui lui a refusé sous prétexte que je n'étais pas fiable, et que je ferais son malheur. (oui, il avait raison, mais j'aurais voulu que mon promis le découvre par lui-même....) 

J'ai souffert quand mon mari et mon papa ne se parlaient plus. Prise entre eux deux, je n'entendais que des critiques pour l'un de la part de l'autre.  Pendant 2 ans je me sentais déchirée entre les 2 hommes que j'aimais le plus au monde. 

J'ai souffert quand je suis allée une journée entière chez mes parents expliquer à maman pour quelle raison je demandais le divorce et quittais ce qui était légalement mon foyer.

J'ai souffert quand le lendemain j'ai appelé maman pour savoir ce que papa pensait de ma situation et qu'il avait simplement dit que comme elle il pensait que "ce sont des gamineries".

J'ai souffert quand j'ai appris que mes enfants ne voulaient plus voir leurs grands- parents à cause des différences visibles qu'ils ressentaient par rapport à leurs cousins et cousines, qui leur étaient préférés.

J'ai souffert de devoir pendant vingt ans demander la permission une fois par mois d'aller voir mes parents un après- midi, alors que mes neveux et nièces y allaient toutes les semaines.

Oui, bon, je t'arrête tout de suite cher lecteur, tu as raison, j'ai laissé faire, à m'apitoyer sur mon sort,  au lieu de réagir et de me libérer de cet enfer plus tôt.

Bref.

C'est à mon départ que l'attitude de mon papa a changé. Plus disponible, plus intéressé, je l'ai vu enfin fier de moi le jour où il m'a vue pour la 1ère fois en uniforme.

Lire un peu de fierté dans ses yeux fut une expérience on ne peut plus enrichissante, et j'ai encore ce regard dans le coeur.

Regard qui m'accompagne parfois, les jours de bleus. 

Lorsque sa santé s'est dégradée, je n'ai pas compris qu'il était devenu un vieil homme.

Pour moi, il restait le héros de mon enfance, grand, fort, sage, respectueux et respectable.

C'est quand il a fait une méningite que j'ai enfin compris qu'il n'était pas immortel.

C'est quand je suis allée le voir à l'hôpital que j'ai compris qu'il avait un avis différent de celui de maman, mais qu'il n'osait pas le lui dire.....

Je revis comme si c'était hier cet après-midi là quand je suis allée lui rendre visite à l'hôpital. Bourré de médicaments, il n'avait plus toute sa tête, mais cela ne l'a pas empêché de me reconnaître, et de dire à l'infirmière que j'étais sa fille. Laquelle a t'elle demandé, je sais que vous en avez plusieurs....Sa réponse: " C'est Michèle, la 3ème, celle qui a divorcé parce que....elle était trop malheureuse......"

Cette petite phrase, dite sans réflexion aucune, fut comme un coup de poing pour la fragile personnalité que j'étais. 

Papa savait que je vivais un enfer. Il savait, mais ne disait rien. Qui l'aurait approuvé? Qu'aurait-il pu faire? venir me chercher avec mes 3 enfants? m'envoyer vivre dans un couvent? casser la figure à mon mari???

J'ai alors compris qu'il a juste respecté mon choix. Cher papa, tellement discret, tellement bienveillant, même quand il s'agit du bonheur de l'une de ses filles....

Après cet épisode, j'ai posé un autre regard sur lui.

En l'observant, je me suis rendu compte qu'il savait combien j'étais malheureuse parce que lui aussi l'était.

Bien sûr, il aimait maman. De tout son cœur, de toute son âme, et je ne juge pas du tout le couple qu'ils formaient, ce n'est pas mon rôle, pas mon histoire, pas ma vie.

56 ans durant, ils sont restés mariés, difficile d'imaginer l'un sans l'autre. 

Pourtant, deux ans après sa méningite, il fit un AVC. Je me rappelle son départ en ambulance, la tête penchée, tout incapable qu'il était de la remettre droite, il trouvait ça bizarre, en rigolait même, il était à des lieues de penser que son état était inquiétant, voire grave.

La peur de maman, qu'elle n'a jamais exprimée, fut je pense l'un des plus grands chocs de sa vie. Bien sûr, elle a tout fait pour ne pas y succomber. Elle s'est battue pour que personne ne s'en rende compte, comme une lionne, comme à chaque fois qu'il se passe un truc. Donner le change, montrer sa force, c'est ce qu'elle fait de mieux. Je l'ai admirée tellement souvent pour ça! malheureusement, la peur laisse des traces, qu'on ne soupçonne pas.

Quand papa est revenu, amoindri mais pas handicapé, La joie d'avoir retrouvé son mari pratiquement aussi fringuant qu'avant a vite fait place à la colère.

Colère d'avoir eu aussi peur de le perdre, colère d'avoir perdu la vie d'avant, colère de le voir affaibli. Tout ça n'était pas conscient de sa part, évidemment.

Maman est une belle personne, jamais elle ne ferait de mal à quiconque. Sa gentillesse et son dévouement sont admirables. Je le dis sincèrement, et jamais je ne lui jetterais une pierre, surtout pas une qu'elle m'aurait lancée. 

Ceci dit, il est devenu difficile pour moi d'aller leur rendre visite par la suite. J'avais l'impression que maman en voulait à papa et qu'elle lui faisait payer ses peurs. 

Je ne compte plus ces moments si désagréables pour moi quand elle lui râlait dessus, qu'elle lui faisait des reproches, qu'il ne disait plus rien, parce qu'en présence de visites, elle le contrdisait.

Moi ça me faisait mal, de voir papa se taire, subir, accepter de passer pour un bouffon ingrat, simplement parce qu'il l'aimait.

Je réalise en écrivant ces mots que lui et moi nous étions pareils. Laisser tomber plutôt que créer un conflit.

La paix plutôt que la dispute.

Plus j'y pense, et plus je comprends pourquoi je me sentais si proche de lui. 

Maman me reprochait souvent d'être sa préférée ( bien sûr...tu es sa seule blonde entendais je avec une sorte de rage sourde dans la voix..), mais c'était plus que ça. Comme lui je suis hypersensible. Comme lui je ne comprends pas ce monde dans lequel j'évolue. Comme lui, je fais en sorte de ne pas sortir du cadre, d'être bien comme il faut, de ne pas faire de vagues. Sauf que lui y est arrivé, moi pas.

Si je raconte à quel point cette situation me pesait, c'est parce qu'un jour, en fin d'après- midi avant de prendre mon service, je me suis arrêtée chez eux, pour dire bonjour. 

Il était seul, et m'a ouvert sa porte, comme à son habitude. En parlant de choses et d'autres, tout à coup, il s'est laissé aller à cette confidence:

Tu sais, m'a-t-il confié des larmes dans les yeux, je sens bien que je suis en trop et que j'aurais mieux fait de mourir quand j'ai fait mon AVC....Ta maman serait aujourd'hui une veuve heureuse, et elle n'aurait plus à s'occuper de moi.

Entendre cela de sa bouche m'a ébranlée comme jamais aucune autre personne n'a réussi à le faire, j'en suis encore toute chamboulée maintenant que je l'écris, pas loin de 10 ans après. 

Que faire d'une telle information?????

J'y reviendrai, mais sur le moment, je n'ai pas su faire autrement que la ranger dans un coin de ma tête, en me disant que jamais personne d'autre ne saurait ce qu'il s'était permis de me confier.

C'est avec beaucoup d'amour pour lui ( tu te doutes bien cher lecteur qu'il y en avait beaucoup moins pour maman...!) que je me suis mise à aller souvent leur dire bonjour, et j'avais l'impression que même si ça dérangeait maman, papa prenait plaisir à mes visites. 

Un jour, alors qu'il était seul toute la journée et que j'étais allée lui faire  à manger, j'ai pris mon courage à 2 mains pour lui demander si il m'en voulait d'avoir divorcé. 

Il a posé son couteau, lentement, et gentiment m'a répondu que non, mais qu'il m'en voulait d'avoir attendu si longtemps avant de partir. 

C'est cet aveu qui m'a réellement permis de réaliser à quel point il laissait la place à maman, la laissant exprimer ce qu'elle ressentait en leurs deux noms, sans essayer de la contredire, ç'aurait été peine perdue.

Bref.

C'est au printemps 2020 que nous apprenons qu'il est atteint d'un cancer du poumon. 

Après avoir passé plus de 60 à fumer la pipe, il fallait s'y attendre, le chos de cette nouvelle n'en fut pas moins un cataclysme.

Séjours à l'hôpital, tuyau d'oxygène dans le nez, examens en tous genres deviennent son quotidien.

A l'époque, je vis une idylle avec Olivier Ph qui m'encourage à passer un maximum de temps avec ce papa que j'aime tant. Lors de l'un de ses séjours à l'hôpital (un de plus, je ne les ai pas comptés, mais sache, cher lecteur, qu'ils ont été nombreux), je l'appelle pour prendre de ses nouvelles. C'est au cours de cet appel qu'il me dit qu'il en veut plus d'examens, qu'il veut partir, et qu'il aimerait rentrer à la maison, pour y mourir tranquille. Il me dit qu'il a eu une belle vie, qu'il ne veut pas qu'on le tarabuste dans tous les sens jusqu'à ses 100 ans, qu'il est fatigué de tout ça, et qu'il veut qu'on lui laisse la paix de partir comme il le veut. Moi je le comprends, et même si cela m'est insupportable, je m'engage à ce que cette volonté de partir en paix soit respectée. (en fait, je ne me sens pas trop de le faire, mais comme Olivier me le dit, si il me 'a dit à moi, c'est parce qu'il sait que moi seule peux l'aider )

Donc, le lendemain, armée de mon courage, je monte vers maman en lui disant qu'elle doit se préparer, nous allons chercher papa, c'est ce qu'il m'a demandé après tout.

Evidemment...que crois-tu qu'il se soit passé cher lecteur????

Elle refuse tout net. 

Argumente avec force que les médecins peuvent encore le soigner, qu'il y a encore plein d'examens à lui faire, qu'il est mieux là bas qu'à la maison, car , aussi, et ça j'en conviens, elle ne pourrait pas s'en occuper seule.

Je balaie chacun de ses arguments avec le peu de force dont je suis capable ( il s'agit de ma maman, et je n'arrive pas à l'affronter..) et c'est là que malheureusement je lui dis ce que papa m'avait confié, ce fameux jour, quand il m'avait touchée si profondément....en le disant, je sais que je merde comme jamais, et maintenant encore je sais, je sens qu'elle m'en veut pour lui avoir révélé ça.

Je rentre chez moi, bredouille, tellement mal d'avoir blessé maman, de n'avoir pas pu aider papa. 

Quelques jours après, j'apprends qu'elle lui a raconté ma visite, et qu'au lieu de lui dire que oui, il voulait vraiment rentrer à la maison, il l'a juste rassurée en lui confirmant que " tu sais bien que Michèle on pas croire ce qu'elle dit...!"

C'est là que je réalise que jamais je ne serai prise au sérieux par personne, surtout pas au sein de ma famille. Mes sœurs m'engueulent parce que j'ai "poussé" papa à ne plus se battre, je passe pour une fille égoïste, cruelle, inconsciente, mauvaise dans cette famille qui pourtant est sensée 'aimer, m'aider, me protéger.

Je laisse tomber, je n'ai plus grand chose en commun avec ces gens qui semblent savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi.

Je réussis malgré tout à passer un moment seule avec mon papa dans sa chambre d'hôpital, encouragée comme toujours par Olivier Ph. qui se montre exemplaire au cours des dernières semaines de vie de cet homme qui reste mon héros, même dans cette putain de maladie.

Je ne dévoilerai pas ici ce que fut cette dernière vraie conversation avec lui, sache juste, cher lecteur, qu'elle m'a permis de le laisser partir avec calme, sérénité, amour et tendresse.

Par contre, j'aime à raconter cette anecdote:

La dernière fois que je l'ai vu en pleine possession de ses moyens, il était couché dans son lit d'hôpital. Au moment de partir, je me suis penchée au-dessus de lui, afin de lui poser un baiser sur le front. A ce moment-là, il me demande où et maman, car il ne la voit pas. Je lui dis elle est là, derrière moi. Ah, répond-il, elle est cachée derrière toi, parce que qu'est-ce que tu es devenue grosse ! 

Ces mots furent les derniers qu'il m'ait adressés. Je reconnais bien là son sens de l'humour, et je me rappelle encore cette étincelle dans ses yeux, celle qui brillait quand il disait une bêtise, qui me faisait rigoler, qui faisait souvent enrager maman.

C'est un matin d'octobre que je reçois un appel me disant qu'il fait me dépêcher d'aller le voir car selon les médecins il n'en a plus pour longtemps.

Nous prenons la voiture Olivier Ph. et moi, pour arriver dans une chambre d'hôpital où sont déjà mes sœurs, mes beaux-frères, maman. Il cherche son souffle, en panique, essaie de se lever, de se coucher, de s'asseoir. Le médecin arrive, lui propose une piqûre qui le plongera dans le coma, jusqu'à la fin. Il accepte. 

Au moment de ce geste, je cherche la main de ma sœur aînée, qui me repousse, je me réfugie dans les bras de mon homme. 

Me reste la soudaine sérénité endormie de cet homme qui fut tellement pour moi. je décide de laisser la place dans la chambre à sa sœur qui vient d'arriver, rentre chez moi, envoie mes meilleures ondes pour qu'enfin il puisse s'en aller calmement.

C'est vers 21h00 que ma sœur m'appelle pour me dire que c'est fini. 

Ainsi s'achève l'histoire terrestre de cet homme sans lequel je ne serais pas celle que je suis. Il m'a tant appris. Continue encore maintenant de m'apprendre. Par son comportement, sa droiture, sa respectabilité.

Je le sais bien là où il est, entouré de ceux qu'il a aimés, à attendre ceux qu'il aime. 

Il lui arrive de venir me rendre visite, dans mes rêves, ou pendant une séance d'autohypnose, il est venu peu de temps après le départ d'Anne- Claude, me dire qu'elle était là, à ses côtés, et que je devais continuer à faire confiance à la Vie.

Ce que j'essaie de faire jour après jour. 

Je le lui dois bien. 

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