HAINE
Par moments c'est comme une vague qui déferle sur moi, qui me submerge, dans laquelle je me noie.
OH NON!!!
Je ne faiblirai pas. Je ne la laisserai pas guider ma vie. Même pas en faire partie.
Je me bats tous les jours contre elle. Par tous les moyens, toutes les ruses sont bonnes pour la faire reculer.
La haine. La haine de ce mari sur lequel je me suis si lourdement trompée. La haine de ceux qui m'entourent et dont j'envie avec tellement de jalousie le mode de vie. La haine de cette vie qui ne m'apporte rien de bon. La haine de ces mères (dont hier c'était la fête!) si fières de leur progéniture, si fière de ce qu'elles ont accompli au nom de leur famille.
La haine enfin de ces circonstances qui ont fait de moi ce que je suis actuellement. Une larve, passant son temps à pleurer sur son sort, incapable de se bouger pour que les choses changent. A quoi bon???
En effet, à quoi bon se bouger? Les choses ne changeront jamais pour moi, parce que je le mérite pas, faut se rendre à l'évidence...
Au cours de ces 19 ans durant lesquelles j'ai essayé de construire une famille, j'avais tout ce qu'une femme normalement constituée pourrait apprécier. Trois enfants sains, adorables, intelligents, et j'en passe. Un mari que j'ai été incapable de rendre heureux. Son mépris et ses insultes au quotidien en sont la preuve. Un mode de vie basé sur l'agriculture, sur le rapport à la nature, un boulot physique toujours varié mais toujours fait dans le souci de bien faire, sans jamais aucune reconnaissance...
N'importe quelle femme normalement constituée se serait contentée de ça, voire de moins...
Pourquoi moi pas? Pourquoi n'ai-je pas pu me satisfaire de cette vie???
Mais le fait est là. J'ai fui cette vie qui me détruisait, petit à petit, et j'ai cru pouvoir me relever de cette défaite, faisant de ma nouvelle vie un défi que j'en étais sûre je réussirais sans embûches...
C'était sans compter sur mon Destin, si cruel avec moi.
Mes enfants d'abord. Ma fille qui me laisse un sms ou un what's app une fois par semaine, que je vois une fois par mois, et encore...qui m'en veut toujours d'avoir détruit son monde, si bancal eût-il été. Mais comment lui en vouloir? Elle a souffert de mon départ, en souffre encore, et je souhaite de tout mon coeur qu'un jour elle en souffrira plus, mais cette déchirure est une marque indélébile pour elle.
Mon grand ensuite. Caché derrière ce corps difforme, un coeur à vif, pas d'avenir, en dehors de cette vie qu'il mène avec son père qui passe son temps à le dénigrer, à l'humilier, à l'insulter. Les rapports que nous entretenons sont fragiles, il dit ne pas m'en vouloir et comprendre mon départ, je le soupçonne de me brosser dans le sens du poil, par peur de me faire du mal si il me dit le fond de sa pensée. C'est un garçon, par essence il se sent le devoir de protéger sa mère, quitte à s'oublier lui-même.
Mon ptit finalement. C'est lui qui en a pris le plus en pleine tête je pense. Pas vraiment en famille, puisqu'il en a moins vu et entendu que les deux grands. C'est après notre départ qu'il a vraiment subi un enfer. Qu'il subit encore. Partageant mon quotidien, il me voit souffrir, et se ronge de ne rien pouvoir faire pour moi. Il se sent coupable, assiste impuissant à mon déclin, fait ce qu'il peut pour m'aider... Pauvre gosse!!! un coeur si tendre! si différend des autres, constamment perdu dans son monde de plumes, de paillettes, de petites fleurs et petits oiseaux... Rien ne l'avait préparé à ce que je lui ai fait subir. Devenu mon seul confident depuis bien avant mon départ, il reste celui qui sait le mieux ce qui me fait souffrir. En égoïste pure et dure, je ne lui ai rien épargné. Ni les déboires avec son père, ni les crève-coeur engendrés par son frère et sa soeur, encore moins le roman tragico-comique vécu avec Olivier C.
Tiens, parlons-en de ce roman... Comme déjà tellement souvent répété, c'est LUI. Lui l'homme que j'aime, celui avec lequel je suis si bien, celui que j'en suis persuadée la Vie elle-même m'a réservé. Bien sûr qu'il a compté dans ma décision de partir. Mais c'est pas pour lui que je suis partie. N'oublions pas la façon dont mon mari m'a traitée pendant si longtemps ( les cris, les insultes, les humiliations.... Au point de trouver ça normal, de me dire que c'est tout ce que je méritais, qu'il avait bien raison de me traiter comme une merde). Partir c'était avant tout retrouver une image positive de moi-même, mais c'était aussi un moyen de donner une chance à cette merveilleuse histoire que nous avons partagée. C'était me donner une ultime chance de rendre un homme heureux (j'y aurais aussi trouvé mon bonheur, évidemment!!!).
Mais les choses se sont pas passées comme je l'attendais, bien sûr! Mon ex-mari, qui n'arrive pas à passer par-dessus notre divorce, n'a pas pu s'empêcher de foutre un beau bordel entre Olivier C. et moi. En écrasant son poing sur la figure de Ami, il a réduit à néant cette chance que je m'étais octroyée d'avoir une vie meilleure. Je sais qu'il n'avait pas calculé si loin, il voulait juste trouver une échappatoire à cette rage qu'il entretenait de m'avoir perdue. Mais il a réussi mieux que si il avait prémédité son coup. Tellement bien que tout ce qu'il me reste aujourd'hui ces sont les larmes, le chagrin d'avoir perdu celui qui aura toujours une place dans mon coeur, cet horrible sentiment d'échec qui, uns fois de plus refait surface...
Non, la haine ne l'emportera pas. Je ne deviendrai pas une vieille mégère aigrie par ses frustrations et la jalousie. Chaque jour je me bats, pour faire quelque chose de positif de ma vie. Chaque jour je sens la rage m'étreindre, gonfler en moi telle une évidence. Chaque jour je refoule cette haine, à laquelle je refuse de donner corps. Comprendre ce monde, l'aimer même si je le comprends pas, même si je n'y ai pas ma place.
Oui, je pense sincèrement qu'avec assez d'amour pour ceux qui m'entourent j'arriverai à me sortir de cette spirale infernale. Alors tel un pèlerin, je continue mon chemin, endossant mes douleurs, refoulant mes envies, essayant d'accepter ce que la Vie me donne...
Paraît qu'un jour ou l'autre la roue tourne.... Serai-je encore de ce monde lorsqu'elle tournera pour moi?
Ou quitter ce monde sera ce tour de roue qu'on m'a promis????
En deuil
Faire le deuil de mes rêves. Défi impossible qu'il faut pourtant relever....
Oublier ce désir d'une famille unie, soudée, complète, à laquelle j'ai cru si fort à chacune des naissances de mes ptits anges. C'était sans compter sur les "travers" et les insultes de mon mari. Bien sûr, j'aurais dû mettre un halte-là à cette violence verbale. Evidemment j'aurais dû exiger le respect auquel je pensais avoir droit. En aucun cas je n'aurais dû me taire et subir. Mais la peur de perdre ce que je voulais construire a eu raison de ma détermination. J'avais une famille, par mon silence et ma patience je l'ai perdue.
Jamais je n'aurais une autre chance de construire un havre de paix pour mes enfants, pour moi-même, pour l'homme que j'aime.
Remiser cette envie d'un amour fort, réciproque, durable.... J'y ai cru, avec mon mari, tellement fort que je n'ai pas pris le temps de me demander si ce qu'il m'apportait serait ce dont j'aurais besoin. Idéalisant cet homme, refusant de voir qu'il n'était pas comme je voulais qu'il soit, me trompant lourdement sur lui, reniant le fait qu'il n'était pas fait pour moi, c'est trop tard que j'ai réalisé que nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. J'ai fait une croix sur mon mariage, dans la douleur et le regret.
Mais je n'ai pas fait tout de suite une croix sur cet amour dont j'ai tant besoin. Comme une idiote, j'ai cru à ce qu'Olivier C. m'écrivait. Je suis tombée dans le panneau. M'accrochant à cette histoire à laquelle je ne croyais plus, après qu'il m'eût promis sa sincérité. J'ai laissé libre cours à mes sentiments, encouragée par ces si beaux messages, ces si tendres mots, ces si intenses moments passés ensemble.
Il faut me rendre à l'évidence: encore raté.
Il ne veut plus de moi, refuse de répondre à mes tentatives ridicules de renouer le contact, prétextant une surcharge de travail pour expliquer son silence et ses absences. Je sais bien qu'il faut que je le lâche, que je ne dois plus penser à lui, que je ne dois plus accepter son attitude. Trop dur!!! Trop mal!!! Trop impensable!!!
Ma copine Lucie m'a confié un truc qui a marché pour elle: écrire sur un morceau de bois tout ce que je recherche chez un homme, le garder sur moi 3 jours, et le jeter dans une rivière, elle assure que c'est de cette façon que la Vie lui a amené son Laurent.... Totalement risible...ridicule....c'est que des conneries...
Mais finalement, qu'est-ce que j'ai à perdre d'essayer??? Au pire il ne se passe rien, au mieux ma vie change, et j'oublie cet Olivier c. qui ne quitte pas mes pensées, dont le silence me fait tant de mal.... Ok, j'essaie...trouver un morceau de bois, réfléchir à ce que j'attends, ce dont j'ai besoin.....
Oulah! je sais bien ce que je veux pas ou plus, mais ce que je veux???
????
Après mûre réflexion, je trouve. Je note, sans m'arrêter. Plus de place sur mon bout de bois. Mince!! mais je crois que je n'ai rien oublié. Rien de vital en tous cas...
En relisant, adjectif après adjectif, tout ce que j'ai noté et qui représente ce que je rêve de trouver chez cet homme idéal, je me rends compte d'un détail. Que dis-je, une anecdote, voire une peccadille:
Tout ce que j'ai écrit, je sais où le trouver.
Chez cet homme que je connais depuis plus de 20 ans. Cet homme qui, année après année a fait partie de ma vie, tout discrètement pour commencer, de plus en plus présent par la suite, devenant une autre partie de moi. Me confortant (hélas!) dans cette obsession que nous sommes faits l'un pour l'autre. Sans tricher, je sais que c'est lui, je le sens depuis bien longtemps, et j'en suis encore plus persuadée maintenant. Le seul pour qui mon coeur bat depuis 16 ans, avouons-le. Et pour lequel je souffre tellement.
Olivier C !!!
Lui qui ne veut plus de moi !!!
Cruel Destin que le mien, qui me condamne à souffrir de cette insupportable torture qu'est la solitude de sentiments à sens unique.
Faire le deuil de mes rêves, c'est plus qu'un drame, c'est mon destin.
50 ans ensemble
Aujourd'hui, nos parents font la fête. 5o ans de mariage. Magnifique....
50 longues années passées main dans la main. Sans jamais se lâcher. Oh bien sûr, la vie n'a pas été tendre avec eux. Je me souviens vaguement de disputes, parce qu'une vache ne va pas à sa place, parce qu'une machine est en panne en pleins foins, parce que je n'ai pas obéi, pour des broutilles, la plupart du temps.
Mais jamais sans respect. Quelques insultes mal placées et surtout sans arrières pensées, dites sur le moment, mais vite oubliées. Qui font mal à ceux qui les entendent, évidemment, mais vite pardonnées.
Comment ont-ils fait?
Y'a l'amour, sans aucun doute. Mais comment deux personnes qui se connaissent juste de se voir une fois par semaine peuvent-elles décider d'unir leurs vies, faire serment de soutien et de fidélité, comment, dis-je, peuvent-elles y arriver?
Comment ont-ils pu passer par-dessus leurs différences, par-dessus les déceptions immanquables qui ont émaillé cette union, se pardonner ces petits travers qu'on trouve toujours chez l'autre mais pas chez soi????
En discutant avec Papa, je me suis rendue compte que JAMAIS quand nous n'étions que des enfants, il ne s'est opposé à Maman quant à notre éducation. Jamais devant nous en tous cas.
Toujours la main dans la main, à regarder dans la même direction. Lui s'occupait plutôt de la bonne marche du domaine, comptant sur l'aide plus qu'active, pour ne pas dire indispensable, de Maman. Elle s'occupant de construire les liens familiaux tellement vitaux pour ces 4 fillettes, leur permettant de trouver leur chemin dans ce monde si cruel, en s'appuyant sur le soutien indéfectible de son mari.
Un partenariat solide, que rien n'aurait pu ébranler, que rien n'a secoué.
En tant que femme, j'envie maladivement Maman d'avoir trouvé en l'homme de sa vie un homme solide, respectueux, honnête, digne. Je l'envie d'être cette femme dévouée, mais pas soumise, ayant le courage de ses opinions, ne reculant devant aucune difficulté pour construire le foyer chaleureux et accueillant qui fut le nôtre pendant notre enfance, et bien après.
En tant que fille, je suis fière de ce père présent mais pas envahissant, de cette mère toujours aimante, toujours là, toujours disponible.
En tant qu'être humain, je ne peux que m'incliner devant cette relation durable, saluer la chance pour ces deux personnes de s'être trouvées, de s'être unies, de s'être élevées dans le même objectif: traverser la vie ensemble.
Pas facile. Bravo à eux. Mais pas exceptionnel non plus, quand la chance est du bon côté.
Il aurait pu devenir un homme aigri, violent, alcoolique, au contact d'une épouse égoïste, frivole, volage.
Ils se sont épanouis l'un au contact de l'autre, faisant fi de leurs défauts respectifs, assumant une décision prise après mûre réflexion, basée sur la franchise et l'honnêteté.
Ces 50 passés ensemble ont fait d'eux un couple, un vrai, comme j'aurais voulu en construire un.
Ni toi sans moi, ni moi sans toi.
L'amour, le vrai, ce n'est pas ce qu'on ressent au début d'une relation. C'est ce qui se développe au fil des ans, cette habitude qui s'installe de compter l'un sur l'autre, celle qui fait qu'on devient une partie de l'autre.
C'est ce genre de couple que j'avais en tête au moment de me marier. Cette image de deux personnes âgées, ayant traversé les épreuves de la vie ensemble, n'ayant besoin de personne, parce tellement complémentaires, tellement soudées, tellement ensemble.
Il n'en a rien été, comme l'histoire l'a écrit. On ne revient pas sur ses erreurs, on essaie d'aller de l'avant. Accepter ce qui est, ou au contraire ce qui n'est pas.
Et je ne peux que porter la responsabilité de cet échec.
Prendre sur moi et et assumer une famille ravagée, des enfants écorchés et marqués à jamais par ma faute. J'ai échoué à faire leur bonheur, à reproduire ce que Maman a fait pour nous. C'était pas mon intention, mais j'ai échoué.
C'est pour cette raison que je regarde avec envie les couples heureux qui m'entourent.
Marie-Jo et son Jean-Phy, Anne-Claude et son Cristi, Papa et Maman. Tellement d'autres aussi.
Comment ont-ils fait???
Avec envie, jalousie, avec ce sentiment de n'avoir pas mérité ce qui s'est passé entre mon mari et moi. Ce sentiment d'injustice qui m'envahit de plus en plus souvent, contre lequel je lutte de toutes mes forces, mais qui m'étouffe parfois.
Oh non! Surtout ne pas flancher, garder l'espoir (!), rester ouverte, me réjouir devant ces réussites, me remplir de cette sérénité qui jaillit de ces couples heureux. Continuer à me battre pour trouver un sens à ma vie, dispenser l'amour qui dort au fond de mon coeur à ces gens que j'aime, arrêter de ne penser qu'à moi, avec l'espoir de moins souffrir.
Je participe à la fête bien sûr. Le coeur déchiré, mais j'y serai. Me réjouir de leur bonheur, alors que le mien m'est refusé. Chacun a sa croix à porter. La mienne est de plus en plus lourde, et j'aurais aimé, adoré avoir quelqu'un qui m'aide, me soutienne, me permette de la poser, quitte à prendre la sienne, mais ne pas la porter seule. Ce droit m'est refusé.
Eux se sont trouvés, ont partagé toute leur vie le poids de leurs croix respectives. Moi pas.
Félicitations à eux, et longue vie.
Du fond du coeur.
La fête sera belle, à moi de pas la gâcher.
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