50 ans ensemble
Aujourd'hui, nos parents font la fête. 5o ans de mariage. Magnifique....
50 longues années passées main dans la main. Sans jamais se lâcher. Oh bien sûr, la vie n'a pas été tendre avec eux. Je me souviens vaguement de disputes, parce qu'une vache ne va pas à sa place, parce qu'une machine est en panne en pleins foins, parce que je n'ai pas obéi, pour des broutilles, la plupart du temps.
Mais jamais sans respect. Quelques insultes mal placées et surtout sans arrières pensées, dites sur le moment, mais vite oubliées. Qui font mal à ceux qui les entendent, évidemment, mais vite pardonnées.
Comment ont-ils fait?
Y'a l'amour, sans aucun doute. Mais comment deux personnes qui se connaissent juste de se voir une fois par semaine peuvent-elles décider d'unir leurs vies, faire serment de soutien et de fidélité, comment, dis-je, peuvent-elles y arriver?
Comment ont-ils pu passer par-dessus leurs différences, par-dessus les déceptions immanquables qui ont émaillé cette union, se pardonner ces petits travers qu'on trouve toujours chez l'autre mais pas chez soi????
En discutant avec Papa, je me suis rendue compte que JAMAIS quand nous n'étions que des enfants, il ne s'est opposé à Maman quant à notre éducation. Jamais devant nous en tous cas.
Toujours la main dans la main, à regarder dans la même direction. Lui s'occupait plutôt de la bonne marche du domaine, comptant sur l'aide plus qu'active, pour ne pas dire indispensable, de Maman. Elle s'occupant de construire les liens familiaux tellement vitaux pour ces 4 fillettes, leur permettant de trouver leur chemin dans ce monde si cruel, en s'appuyant sur le soutien indéfectible de son mari.
Un partenariat solide, que rien n'aurait pu ébranler, que rien n'a secoué.
En tant que femme, j'envie maladivement Maman d'avoir trouvé en l'homme de sa vie un homme solide, respectueux, honnête, digne. Je l'envie d'être cette femme dévouée, mais pas soumise, ayant le courage de ses opinions, ne reculant devant aucune difficulté pour construire le foyer chaleureux et accueillant qui fut le nôtre pendant notre enfance, et bien après.
En tant que fille, je suis fière de ce père présent mais pas envahissant, de cette mère toujours aimante, toujours là, toujours disponible.
En tant qu'être humain, je ne peux que m'incliner devant cette relation durable, saluer la chance pour ces deux personnes de s'être trouvées, de s'être unies, de s'être élevées dans le même objectif: traverser la vie ensemble.
Pas facile. Bravo à eux. Mais pas exceptionnel non plus, quand la chance est du bon côté.
Il aurait pu devenir un homme aigri, violent, alcoolique, au contact d'une épouse égoïste, frivole, volage.
Ils se sont épanouis l'un au contact de l'autre, faisant fi de leurs défauts respectifs, assumant une décision prise après mûre réflexion, basée sur la franchise et l'honnêteté.
Ces 50 passés ensemble ont fait d'eux un couple, un vrai, comme j'aurais voulu en construire un.
Ni toi sans moi, ni moi sans toi.
L'amour, le vrai, ce n'est pas ce qu'on ressent au début d'une relation. C'est ce qui se développe au fil des ans, cette habitude qui s'installe de compter l'un sur l'autre, celle qui fait qu'on devient une partie de l'autre.
C'est ce genre de couple que j'avais en tête au moment de me marier. Cette image de deux personnes âgées, ayant traversé les épreuves de la vie ensemble, n'ayant besoin de personne, parce tellement complémentaires, tellement soudées, tellement ensemble.
Il n'en a rien été, comme l'histoire l'a écrit. On ne revient pas sur ses erreurs, on essaie d'aller de l'avant. Accepter ce qui est, ou au contraire ce qui n'est pas.
Et je ne peux que porter la responsabilité de cet échec.
Prendre sur moi et et assumer une famille ravagée, des enfants écorchés et marqués à jamais par ma faute. J'ai échoué à faire leur bonheur, à reproduire ce que Maman a fait pour nous. C'était pas mon intention, mais j'ai échoué.
C'est pour cette raison que je regarde avec envie les couples heureux qui m'entourent.
Marie-Jo et son Jean-Phy, Anne-Claude et son Cristi, Papa et Maman. Tellement d'autres aussi.
Comment ont-ils fait???
Avec envie, jalousie, avec ce sentiment de n'avoir pas mérité ce qui s'est passé entre mon mari et moi. Ce sentiment d'injustice qui m'envahit de plus en plus souvent, contre lequel je lutte de toutes mes forces, mais qui m'étouffe parfois.
Oh non! Surtout ne pas flancher, garder l'espoir (!), rester ouverte, me réjouir devant ces réussites, me remplir de cette sérénité qui jaillit de ces couples heureux. Continuer à me battre pour trouver un sens à ma vie, dispenser l'amour qui dort au fond de mon coeur à ces gens que j'aime, arrêter de ne penser qu'à moi, avec l'espoir de moins souffrir.
Je participe à la fête bien sûr. Le coeur déchiré, mais j'y serai. Me réjouir de leur bonheur, alors que le mien m'est refusé. Chacun a sa croix à porter. La mienne est de plus en plus lourde, et j'aurais aimé, adoré avoir quelqu'un qui m'aide, me soutienne, me permette de la poser, quitte à prendre la sienne, mais ne pas la porter seule. Ce droit m'est refusé.
Eux se sont trouvés, ont partagé toute leur vie le poids de leurs croix respectives. Moi pas.
Félicitations à eux, et longue vie.
Du fond du coeur.
La fête sera belle, à moi de pas la gâcher.
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