les hommes de ma vie
Mon Papa
Mon papa c'est un homme bien. Pour moi, il est l'homme parfait. La chance qu'on a eue mes soeurs et moi, c'est qu'il était paysan. Ce qui fait que la plupart du temps il était à la maison, quand on rentrait de l'école. Occupé, mais toujours là. Le premier souvenir que j'ai de lui tout seul avec moi, c'est un jour où maman était partie (je me rappelle plus où...), et moi je jouais aux légos. Je devais avoir quatre ans. Evidemment, ma construction n'était pas comme je la voulais, et j'avais piqué une crise de rage... Je pleurais, je criais, je lançais ces saloperies de briques rouges à travers la cuisine...Jusqu'à ce que mon papa arrive voir ce qui se passait. Très occupé, il commença par me gronder, mais quand je lui eus exppliqué pour quelle raison je crisais de la sorte, il prit, patiemment, le temps de me montrer comment m'y prendre pour arriver au résultat espéré. J'ai encore au fond du coeur ce sentiment d'importance que j'ai ressenti à ce moment-là. Lui, que maman nous recommandait toujours de pas déranger, avait pris du temps pour moi. Pas pour une de mes soeurs, qui n'hésitaient jamais à lui demander du temps, non. Juste pour moi... Mon papa c'est le héros de mon enfance. J'ai toujours pu compter sur lui, même s'il n'approuvait pas mes choix, j'ai toujours su qu'il serait là pour moi. Maman me disait souvent: "Bien sûr, sa seule fille blonde (mes soeurs sont brunes), tu es sa préférée!" J'ai toujours pris ça comme un reproche. Oh bien sûr, lui me calculait pas, il préférait de loin passer du temps avec Marie-Jo, qui se comportait comme un garçon, qui avait la force de faire tout ce qu'il lui demandait, qui courait chaque fois qu'il avait besoin de l'une d'entre nous. C'en était presque devenu une compétition entre nous: laquelle de nous deux arriverait à lui rendre service... Jusqu'à ce qu'il prenne l'habitude de n'appeler que sa Marie-jo... Ma fièrté de gamine, c'était d'avoir les même initiales que lui... Je pense que c'était le fruit du hasard, mais moi ça me donnait l'impression que j'existais. En grandissant, je me suis éloignée de lui, il avait toujours autant d'importance pour moi, mais j'avais compris que ça servait pas à grand chose de le lui montrer. J'ai suivi mon chemin, je suis partie de la maison, je suis partie de la Sagne en le mettant dans une position incofortable ( j'avais demandé à mes parents de veiller sur Martial que je savais détruit par mon départ...), mais quand Vait est reparti au Kosovo et que j'avais pas d'argent pour m'acheter à manger, c'est lui, mon héros, qui venait me chercher tous les samedis à la sortie du travail pour me ramener à la maison. J'ai encore une énorme gratitude pour tous ces kilomètres qu'il a faits pour moi à cette époque, semaine après semaine, alors qu'il avait pas forcément le temps...il le prenait. Pour moi. Le jour de mon mariage, après la fête, je me souviens qu'il m'a dit: " Ce soir je peux enfin dormir tranquille, j'ai marié mes quatre filles"... J'ai toujours voulu être la fille qui lui donnerait son premier petit-fils. Ce fut le cas, mais à cause du peu de temps dont je dispiosais en étant femme de paysan, je pouvais pas (et j'avais pas le droit) aller rendre visite à mes parents assi souvent que je l'aurais voulu, ce qui fait que mon papa a vu grandir mes enfants à distance. C'est un regret pour moi, une fatalité pour lui...J'ai failli ne plus avoir de contact avec lui, au moment où il a vendu ses terres, que mon mari imaginait déjà pouvoir explioter un jour.... Ce fut la "guerre " entre ces deux homme que j'aimais, mon mari refusant de le voir (Trou d'cul de Sandoz, il m'a volé mes terres, Ton père n'est qu'un connard, il préfère vendre ses terres à un étranger plutôt qu'à sa famille, c'est un radin, un moins que rien...), alors que mon papa a fait ce qu'il pensait être mieux pour lui. A l'occasion d'une fête de famille, où j'avais dû me rendre seule avec les enfants parce que mon mari voulait plus de contact avec " Ces deux vieux cons de Sandoz", mon papa, innocemment, me demanda pour quelle raison mon "ptit con de mari" n'était pas venu...STOP!!! votre guerre de ptits coqs me fait du mal, je suis entre vous, je vous aime tous les deux, je veux pas avoir à choisir entre l'un ou l'autre! Avec le temps, les choses se sont tassées, ils ont recommencé à se voir en famille, mais ça n'était plus pareil. L'hypocrisie de mon mari rendait les choses tendues entre mon papa et moi, je savais que si je me rapprochais de lui mon mari n'hésitait pas à me le reprocher ensuite...à sa façon. A l'annonce de mon divorce, j'ai cru l'avoir perdu définitivement, lui qui a qualifié mes problèmes de couple de "gamineries", lui qui, en tout homme qui se respecte, n'a pas compris mon désespoir de pas arriver à rendre un homme heureux. Passée la déception de me voir à nouveau prendre la fuite au lieu d'assumer une situation qui d'après lui n'était pas insupportable, passé ce choc, il a fini par accepter cette situation. Pareil à lui.même, il n'en parle pas, sauf pour me faire part de son souci parce que j'ai pas de travail. Cet état le mine, et je le sais,, mais une fois de plus, il est là, tel un roc sur lequel je peux m'appuyer. De déceptions en déceptions pour lui, j'ai suivi mon chemin, j'ai conscience de ne pas avoir été à la hauteur de ce qu'il attendait. Peut-être un jour il sera fier de moi, comme il est fier de mes soeurs. Je mise pas là-dessus pour continuer ma vie, mais ça serait cool que mes choix lui conviennent.
Olivier O.
Olivier O. fut mon mari pendant 19 ans. On s'est connus à un bal, à l'époque où j'etais encore avec Martial. Complètement bourré, il m'avait invitée à danser. Pendant la première danse, il m'a tout de suite avoué son amour, ce dont il ne se rappelait déjà plus le lendemain matin...Il passera six mois à me courtiser, me faisant du pied au resto où toute l'équie se retrouvait le soir, me suivant aux toilettes pour me déclarer son amour, pour me supplier de quitter Martial, jusqu'à ce que je parte de la Sagne. Il alla jusqu'à me téléphoner chez mes parents un dimanche, alors que je vivais avec Vait, absent ce jour-là...Terrorrisée pas la réaction de mon homme, je l'avais proprement envoyé balader, ce qui me valut un énième sermon de la part de ma mère. C'est quand j'ai recommencé à sortir que nous nous sommes retrouvés, et c'est vrai qu'il ne me fallut pas longtemps pour tomber dans ses bras de beau parleur. Je le savais paysan, mon intention n'était pas de faire un si long chemin avec lui.. Je voulais juste m'amuser... C'est au bout de trois mois de fréquentations qu'il m'a demandé un enfant. Que j'ai pas mis long non plus à accepter. Toute façon j'avais pas de plan de carrière et pas de plan tout court... Nous avons commencé notre relation fin juillet et début décembre j'étais enceinte. Tout est allé si vite, trop vite, j'avoue avoir été pressée de changer de vie. Notre mariage eut lieu en avril, en août Matthias était né. Une année et quelques jours pour trouver un homme, le marier et lui faire un enfant. Plutôt rapide, non??? Ce qui m'a plu à l'époque chez cet homme c'est son vocabulaire (il n'a jamais prononcé une seule grossièrté avant notre mariage), sa douceur (il était capable de me serrer dans ses bras pendant une heure sans essayer quoi que ce soit d'autre), son sourire franc (!), ses attentions, son respect d'autrui,... Faut dire que j'étais une proie facile, encore pas remise de l'enfer que j'avais vécu avec Vait. Tout était trop beau pour moi, un rien me faisait craquer. Attention, je dis pas que j'ai été manipulée, j'assume totalement avoir voulu ce mariage. A ceux qui me disaient que c'était précipité je répondais que je voyais pas pour quelle raison faudrait attendre, pour moi c'était l'homme de ma vie. Mon erreur? Avoir refusé de regarder en face la réalité. J'ai pas droit au bonheur, à l'époque je le savais pas encore...
Vait
Comme un sauveur, Vait est arrivé dans ma vie par hasard (mais en était-ce vraiment un???) au moment où rien n'allait plus dans ma vie. Un rendez-vous chez le médecin, un collègue de Martial qui passe par là, un café pris en toue innocence(!)...et me voilà embarquée dans une histoire dont je pense qu'à l'heure actuelle je suis pas encore remise. Une personalité très forte(dominante même), un charisme fou, un accent révélant sa faiblesse qui me faisait craquer chaque fois qu'il ouvrait la bouche, j'ai surtout vu en lui l'occasion de sortir de cette impasse avec Martial. N'écoutant que mon coeur et cette passion destructrice, il m'a fallu moins de dix jours pour mettre à exécution ce que j'avais combattu pendant trois ans: quitter Martial et cette vie pépère que je supportais plus. Avec Vait, j'avais, du moins j'imaginais avoir, enfin la vie que je voulais... Un homme sûr de lui, attentionné, drôle, respectueux, socialement irréprochable....Musulman, mais ça me faisait pas peur...Jusqu'à la première colère... Pour une chenille dans une salade... Lui qui disait m'aimer et ne penser qu'à faire sa vie avec moi, n'hésita pas à me jeter hors de mon studio, me laissant comme une conne derrière ma porte pendant deux heures, pour me dit-il ensuite, m'apprendre à ne pas le déranger quand je lui prépare à manger...mais tellement gentil que pour s'excuser, il m'offre à dîner dans un restaurant...où il me jettera un cendrier en pleine tête parce que je regarde les autres clients attablés autour de nous. Je comprends qu'il faut pas que je le mette en colère. A partir de ce jour-là, je mets un point d'honneur à le satisfaire. Il désireune nouvelle montre? pas de problème, je demande une avance de salaire de 3'000.- pour la lui acheter...mais c'est pas celle-là qu'il voulait, c'était la noire, pas l'argentée... beaucoup de cris, quelques insultes(Michèle-de-la-merde), et ce sentiment d'être incapable en tout. Le jour où Jean-Pierre, un copain d'avant handicapé dont on s'est pas mal occupés Martial et moi, vient se faire couper les cheveux, il faut attendre avec lui sur le trottoir que le taxi du centre ASI vienne le rechercher, et c'est moi qui suis désignée pour l'accompagnér. Manque de bol, Vait boit un café au bar d'en face... A mon retour le soir, j'ai droit à une crise de jalousie d'une rare violence: cris, insultes, coups, il ira jusqu'à sortir un couteau...j'arrive de justesse à l'empêcher de m'éventrer. Mais pas à me cogner la tête contre le mur, jusqu'à en perdre connaissance. Quand je me réveille, je suis par terre, nue, glacée... j'ai mal à un endroit... je réalise qu'il m'a sodomisée... lui n'est plus là. Il reviendra deux jours après, les bras chargés de fleurs, les yeux pleins de larmes, la promesse d'un nouveau départ dans la bouche... Il a gagné...Ce n'est plus de l'amour que je ressens pour lui, c'est de la peur...Une terreur de pas arriver à nouveau à lui faire plaisir...ça fait quatre mois qu'on vit ensemble, quatre mois de peur, de soumission, d'enfer, je dirais. J'en peux plus, j'ai besoin d'aide, mais j'ose pas parler... J'ai eu le toupet de partir de la Sagne, décevant ainsi ma famille, je n'ose pas revenir et raconter l'enfer que je traverse, je me tais. Surtout qu'il a prévu de partir au Kosovo pour y passer ses trois semaines de vacances. Vu qu'il a pas les moyens, c'est moi qui emprunte la somme de 6'000.- dont il a besoin pour payer son billet d'avion, et ramener des cadeaux à sa famille. Il s'en va, seul, avec la promesse d'un retour trois semaine après. Je l'attendrai pendant un an. pratiquement sans nouvelles de lui, sauf quand il m'appelle pour me dire qu'il veut rentrer, mais qu'il a pas l'argent...ou que son père est malade et qu'il n'a pas les moyens de le faire soigner...Et moi, terrorrisée, je lui envoie tous les sous qu'il réclame... à peu près 15'000.- en tout... Jusqu'à ce que je reprenne ma vie en mains, et lui annonce par téléphone que je l'attendrai plus...Là c'est drôle, il ira jusqu'à me téléphoner plusieurs fois par jour. Pour me convaincre de changer d'avis, poour me supplier d'avoir encore un peu de patience, pour me menacer de mort. Surtout. Je m'aperçois un jour que je suis suivie. Par ses copains, toujours deux mais pas les mêmes. Depuis la sortie de ma maison jusqu'à mon lieu de travail. Pendant deux mois. Deux mois qu'il passera à me menacer de mort par téléphone, me promettant de revenir un jour en Suisse pour me tuer... Je l'ai encore pas revu, et quand j'y pense, je retrouve cette terreur qui m'habitait ...Ma bonne étoile fut avec moi le jour où il est parti pour ses vacances, je pense qu'il m'aurait tuée s'il était resté. Il a fait de moi une loque intérieur, il m'a fait plus de mal qu'on pourrait l'imaginer, il a fait de moi ce que je suis maintenant. En partie seulement. Je pense que j'aurais une meilleure image de moi si j'avais eu le courage de l'affronter en face, même si je serais plus là pour en parler...
Martial
Martial, c'est mon premier amour. J'ai pas 15 ans quand je le rencontre, lui en a 26... Il est gentil, doux, assez mignon, mais surtout il s'attache à moi! D'habitude je flashe sun un garçon qui ne sait même pas que j'existe, ou qui se fait un malin plaisir de me casser( je me rappelle de Gustavo, en sixième, qui faisait semblant de vomir en parlant de moi avec ses copains, ou de PAM qui avait refusé de participer au rallye du camp de ski en huitième parce qu'on était dans la même équipe...). Avec Martial, c'est différent. C'est un homme, qui me respecte, qui respecte mon papa et ma maman, mes soeurs, qui m'accompagne dans mes soirées, me sert de chaperon, et fait de mon adolescence une période de ma vie sans trop d'histoires, sans scandales, sans violence... A l'époque, je sais que je me prive d'une adolescence normale, en étant en couple avec un homme plus âgé, mais je le choisis. Je le vois comme l'homme de ma vie. Sans jamais le regretter. J'ai vécu des beaux moments avec lui, des fous rires, des instants de tendresse aussi (il fut mon premier amant, bien piètre, mais pas catastrophique...) et c'est au fil des années que je me rends compte qu'il ne me correspond plus. Sa passion pour la pétanque( tous les jeudis soirs!), sa façon de se conduire comme un fils avec mes parents (c'est vrai que côté famille il a pas été gâté!), son côté ptit garçon qui me tape sur les nerfs... Je me rends compte que je l'aime plus. Je rêve de le quitter, mais j'ai peur du mal que ça va lui faire. Je le respecte plus, mais je reste avec lui, comme ces vieux couples, on vit à côté l'un de l'autre, sans amour, sans respect, juste par habitude... Je passerai plus de 3 ans de cette façon avec lui. Profitant de ces jeudis de pétanque pour m'envoyer en l'air avec son cousin, parce que même dans l'intimité notre couple ressemble à un vieux couple... Un rapport tous les six mois, à 18 ans, c'est peu... Je pense pas être une obsédée du sexe, mais je suis une femme, simplement. Je souffre de cette situation, je me sens sale, garce, pas en droit de vivre autre chose. Je pense à en finir avec cette vie. Pas de travail, pas d'amour dans mon couple, des copains qui me tolèrent parce que je suis la fiancée de Martial, une honte permanente de ces jeudis que j'attends avec impatience d'une semaine à l'autre, une sensation de passer à côté de quelque chose, une envie folle de tout quitter. De nuit. Fuir à l'autre bout du monde, reconstruire ma vie ailleurs, n'importe où, mais ailleurs. Seulement j'ai pas d'argent, donc je reste. Comme une conne, à le faire souffrir, à savoir que je le blesserai le jour où je m'en irai, à ne plus supporter mon hypocrisie, incapable de penser à autre chose, jusqu'à faire couler mon sang, régulièrement, histoire de sortir de mon corps toute cette partie de moi qui me fait honte... j'en garde les cicatrices, qui me rappellent la déchéance dans laquelle je me trouve à cette période de ma vie. Jusqu'au jour où je rencontre Vait. D'un jour à l'autre, je quitte Martial, le détruisant par la même occasion, mettant fin à une histoire de 8 ans, qui aurait dû n'en durer que quatre. Merci papa et maman d'avoir accepté de vous occuper de lui quand je suis partie, il avait besoin de vous, vous avez été là pour lui, et je sais que ce fut dur. Mon Dieu que je suis égoïste! Je fous le bordel dans la vie de quelqu'un de bien, et c'est vous qui devez en assumer les conséquences. Quel gâchis!
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