Etre une autre
Comme j'envie ces personnes qui assument ce qu'elle sont, sans états d'âme, sans se soucier du regard de l'autre, sans revenir sur leur position par crainte du rejet, surtout qui n'en font pas une maladie si ce qu'elles sont ne correspond pas à leur entourage.
Sois toi-même, qu'ils disent....Ok, mais pour ça faut déjà être...Comment on fait quand y'a rien, qu'on est juste une coquille vide, quand ce qui nous animait (l'amour, la joie, la colère...les émotions) est mort, tué par le mépris, les moqueries, l'indifférence...par le rejet, quand ça fait tellement mal d'être pointé du doigt qu'on préfère se cacher, plutôt que d'affronter ce monde auquel il faut appartenir, mais qui ne correspond à rien???
On a tous une richesse intérieure, qu'ils disent encore...les cendres, c'est une richesse? J'ai beau essayer, chercher au fond de moi, fouiller les tréfonds de mon âme, les abysses de mon coeur, (au point que ça en devienne une obsession)... Rien. Pas une étincelle, aucun élan, plus d'envies, plus de désirs... Vide. Le néant total. Rien à offrir aux autres, aucune raison de me faire apprécier de mes consors. Rien en tous cas qui m'appartienne, qui fasse de moi quelqu'un d'unique, d'irremplaçable.
Oh bien sûr, à force de faire semblant, j'arrive à berner ceux qui m'entourent..un moment. Juste le temps de donner le change... Jusqu'à ce moment où on se rend compte du vide qui m'habite. Du creux de mon intérieur. Et se passe comme d'habitude la même scène, celle que je redoute à chaque fois, celle qui me tue intérieurement à petit feu: je lis la stupeur, la déception, le désintérêt.... Comme d'hab, la personne en face de moi cherche un prétexte, parfois avec beaucoup de diplomatie. le plus souvent très brutalement, une excuse, une raison de s'éloigner. Et de se tenir le plus loin possible de moi.
Combien d'amitiés, d'amours, de relations avortées de cette façon!
Le plus drôle, c'est qu'à chaque fois, je plonge. Je réfléchis pas, je fonce...et je me ramasse. Sans jamais apprendre. Sans non plus tirer les leçons qui s'imposent.
Comme j'aimerais être une autre...
Quelqu'un qui s'en fout, quelqu'un qui se sait assez fort pour ne pas s'attacher aux autres, pour ne pas souffrir du regard désapprobateur, quelqu'un enfin qui n'a besoin de personne pour exister.
Quand j'étais petite, je me disais souvent que j'étais handicapée, et que personne ne me le disait, que tout le monde faisait semblant que j'étais "normale", alors que le tare dont je souffrais était flagrante. Un peu comme quand t'as de la salade entre les dents et que tout le monde fait mine de rien, pour pas te mettre dans l'embarras. Et j'ai passé pas mal de temps à observer les autres, à chercher quelle était ma différence, quelle était ma tare... Sans jamais rien trouver, sauf que mon entourage était vachement fort pour me cacher la vérité...
Ce handicap, je l'ai trouvé finalement. Toute seule, comme une grande.
Cà n'a pas de nom, médicalement ça n'existe pas. C'est même pas un problème d'ordre social, c'est "sentimental". C'est une incapacité chronique (par excès de confiance et de naïveté), maladive, à nouer des liens forts et solides avec les autres.
J'ai beau essayer, me forcer à m'ouvrir aux autres, lire, écouter la musique, m'informer des nouvelles de ce monde, tout ce genre de trucs, rien n'y fait.
Rien de ce qui sort ne vient de moi.
Plus maintenant.
Plus après avoir été moquée, raillée, ridiculisée, humiliée...
Mon intérieur est mort, brûlé par le feu de l'autocritique, gelé par la souffrance d'être sans relief, sans profondeur... Vide.
Etre une autre, pleine de vie, d'émotions, de générosité...juste une heure, ça doit être trop cool.
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