une page qui se tourne
Voilà. C'est une nouvelle page de ma vie qui se tourne. Ce coup-ci, j'ai compris. Compris que c'est la fin. La fin d'une histoire merveilleuse, une histoire qui m'a transportée aux plus hauts sommets de l'émotion, une histoire tellement banale, tellement belle en même temps. Cet homme que j'aime depuis maintenant bientôt seize ans, cet homme qui m'a donné tant de choses, avec lequel je me suis découvert des qualités que j'ignorais, dans les bras duquel je me suis révélée femme comme jamais je n'aurais soupçonnné la possibilité avant, cet homme à qui j'ai donné mon coeur, mon âme, ma vie, mon corps... Cet homme n'est pas pour moi. Pas dans cette vie. Pas maintenant. Pas encore. J'y ai cru pourtant. De toutes mes forces. avec l'évidence qu'on est faits l'un pour l'autre. Formant un tout, chaque fois qu'on est ensemble, incomplets lorsqu'on est séparés.
Toutes ces belles choses écrites par sms...combien de fois je lui ai dit de ne pas écrire ça, que j'allais y croire, que c'était trop beau pour être vrai, qu'un jour il se rendrait compte que je méritais pas ces attentions, qu'il était trop bien pour moi...combien de fois il m'a répondu, me disant qu'il était sincère, qu'il pensait tout ce qu'il écrivait...combien de fois je l'ai cru, me berçant d'illusions, me disant que ça y était, j'aurais enfin droit à ce rayon de soleil...
Refusant de voir cette évidence que tout ça n'est pas pour moi. Oh au cours de ces années, je sentais bien au fond de moi cette petite voix qui me lâchait pas et qui disait de pas me laisser prendre... Comme une conne, je l'ai fait taire, me disant que cette voix se trompait, m'arrangeant pour ne pas l'écouter.
Qu'on se mette d'accord: je ne remets pas du tout en cause sa sincérité, loin de là. Je sens cette connexion entre nous quand on se voit. Je sens ce sentiment qu'il peine à exprimer, je sens qu'il est là, ne demandant qu'à sortir pour grandir.Le problème dans cette histoire, c'est qu'on ne se voit plus.
Il ne veut pas parler de nous à ses enfants, préférant attendre leur émancipation, par peur de les perdre. Ok, je lui mets pas la pression, je refuse de le forcer de quoi que ce soit, surtout vis-à-vis de ses enfants. ça je comprends, c'est un père avant tout, et c'est tout à son honneur, ajoutant une qualité supplémentaire à cette liste déjà longue de ce qui fait de lui un homme exceptionnel.
Maintenant que sa fille a fini son apprentissage, elle habite de nouveau chez lui. Elle refuse toute relation entre son père et moi, elle se vante devant ses copines (dont ma fille) que tant qu'il n'aura pas trouvé une autre femme que moi elle restera là, à le surveiller, l'empêchant de prendre deux ou trois heures de son temps pour venir me trouver, persuadée que je suis néfaste pour lui, que je ne donnerai aucun bonheur à son papa.
Donc, on ne se voit plus, il ne veut pas mentir à sa fille pour quelques heures passées près de moi.
Son fils est lui aussi à la maison. Ils travaillent ensemble, normal. Mais pas pratique pour écrire des sms...
Donc il n'écrit plus non plus. Moi j'essaie de garder un lien, si ténu soit-il, un tout petit fil, qui me donne l'illusion que tout est encore possible, que rien n'a changé, passant mon temps à attendre un sms qui ne vient pas, espérant recevoir cette petite icône sur mon natel, si petite, si pleine de promesses...en vain. Une ou deux fois par semaine, j'ai de la chance. Une ou deux fois par semaine mon coeur s'emballe. C'est peu. Tellement peu. Et ça fait mal.
A-t-il encore des sentiments pour moi? Pense-t-il encore à moi? Est-il encore lui aussi persuadé que nous sommes faits l'un pour l'autre???
Tant de questions pour si peu de réponses...
C'est pour cette raison que j'ai peur de l'avoir perdu. Peur de voir s'envoler ce coin de soleil auquel j'ai cru. Peur de voir s'envoler cette dernière chance pour moi de vivre enfin un peu de ce que je cherche vainement depuis que j'en ai entendu parler.
J'y crois encore, je refuse de lâcher prise. J'ai beau essayer, j'y arrive pas. Comme un enfant qui refuse de voir son rêve s'envoler, s'accrochant à ce rêve comme si sa vie en dépendait.
Pourtant je le sais, je peux pas continuer de cette façon éternellement. Faudra que je lâche, ça fait trop mal. Trop mal de lâcher. Trop mal de continuer. Je souffre. J'ai mal et quoi que je fasse (lâcher, pas lâcher), rien ne change. J'ai toujours mal.
Ne plus rien ressentir. M'endormir jusqu'à tout oublier, fermer mes yeux et laisser le temps faire son oeuvre, me réveiller avec un regard neuf, avec cette sensation d'un cauchemar dont on se rappelle juste que c'était désagréable.
M'endormir pour ne plus souffrir...
Dans ses bras, évidemment!!!
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