perdre pied
Au moment où j'écris ces lignes, plus rien ne sera jamais comme avant. Le regret et la culpabilité font, depuis bien longtemps partie de ma vie, tels des anges déchus gardiens de mon âme, prêts à la moindre occasion à me rappeler le mal que j'ai fait autour de moi.
Chaque fois que je me repose en savourant un moment de calme et de sérénité, ils sont là, à venir me torturer, à s'insinuer dans mes pensées, à me remettre en mémoire telle image d'un de mes enfants malheureux, ou au contraire, l'image d'un Olivier C. heureux comme jamais...dans les bras d'une autre.
Une affaire s'arrange dans ma vie? Pas de problème, ils m'envoient tout de suite une galère supplémentaire pour me rappeler que la vie et le destin m'ont choisie comme jouet de leur cruauté.
Mon fils aîné, qui semblait se remettre gentiment de sa mésaventure en HP, n'a en fait rien réglé du tout, s'enfonce de plus en plus dans ce monde qui n'est pas le nôtre, n'essaie même pas de trouver de l'aide pour s'en sortir, ou s'adresse aux mauvaises personnes.Persuadée qu'il souffre d'autre chose que simplement un désir ardent de s'autodétruire, j'ai fait mon possible pour lui venir en aide, l'emmenant chez sa psy, surveillant de loin ses activité grâce à ses copains qui me renseignent, me privant de sommeil pour passer le temps qu'il faut pour le convaincre de retourner voir sa psy, pour qu'il continue son traitement, pour qu'il réalise qu'il est mal, essayant de le guider du mieux que je peux dans mon rôle de maman, jusqu'à en tomber malade.
Peine perdue. Le seul résultat que j'ai obtenu, ce sont des insultes (mises depuis tellement longtemps dans sa bouche par son père), et des coups, des menaces de mort et des messages humiliants, malhonnêtes et obscènes.
C'est vrai qu'il a 22 ans bientôt, et qu'il est majeur. Responsable de ses actes, je le sens capable de tout dans ses crises de rage, et tremble devant ce qui risque d'arriver. Mais je n'y peux plus rien. Refusant de même voir, il a même été jusqu'à me menacer de mort si il me croisait sur mon service.
Même pas peur, ce qui doit arriver arrivera, mais trop mal de le voir dans cet état, de savoir que n'importe quelle autre maman au monde aurait su venir à son aide, n'aurait jamais laissé la situation s'installer, dégénérer, serait partie quand les enfants étaient encore petits, leur épargnant tellement de souffrances inutiles.
Moi pas. Matthias, ce ptit bonhomme écorché par je ne sais quelle histoire avant sa naissance, et un vrai cabossé.
Par ma faute. Par ma négligence. Par mon égoïsme. J'ai fait du mal, et je peux pas réparer, au contraire, plus je vais essayer de réparer, plus je vais faire du mal.
Pareil pour Olivier C. Plus je vais essayer de me rapprocher, plus il va s'éloigner. Il est loin les temps des sms enflammés dans lesquels il me disait *femme de sa vie*, il me racontait tout l'amour qu'il avait pour moi, il me faisait des promesses d'avenir commun....
Cette situation me déchire le coeur, chaque fois que j'y pense. Et j'y pense tout le temps. Je rêve de le voir revenir, de le savoir prêt à nous redonner une chance, tout ce que je récolte, ce sont de temps à autre un sms poli, à la limite de l'impersonnel.
Il me l'a dit, il a arrêté de croire à notre histoire, parce que trop de monde s'en est mêlé voici 3 ans maintenant.
Pourtant à mes yeux il reste cet homme merveilleux, auquel je tiens encore plus qu'à la prunelle de mes yeux, cet homme que je suis incapable de lâcher, cet homme....
Je refuse d'imaginer l'avenir sans lui, parce que sans lui je ne suis rien.
Je sais que ça sera le dernier de ma vie, le dernier à me regarder avec des étoiles dans les yeux, le dernier à caresser mon corps avec tendresse, le dernier à partager mon lit, ma vie, mes joies ou mes chagrins.
Et pourtant je sais qu'il ne reviendra pas.
Comment arriver à accepter cette solitude? comment pouvoir enfin m'endormir seule sans larmes dans ce grand lit si froid et si vide?
Comment réussir à faire face à la vie tout court sans cette force qu'il me communiquait?
C'est une souffrance que de l'imaginer faire sa vie sans moi, une torture de le penser dans d'autres bras que les miens. Je me réveille souvent en sueur, dans un brouillard piteux après une rêve récurrent qui me mets en scène avec lui, riant comme un enfant parce qu'enfin heureux aux côtés d'une fille tellement plus jeune plus belle et plus fraîche que moi. Rêve? cauchemar? prémonition?
Je sais pas. je ressens juste cette douleur de la trahison, de l'abandon, de la solitude.
Ma force, longtemps elle venait de lui, de sa capacité à me rassurer, de sa façon de me respecter, de ses sentiments à mon égard.
Je l'ai perdu, et suis morte de trouille. Affronter ce monde que je comprends pas sans lui à mes côtés, j'y arriverai pas.
Oh bien sûr, les jours vont s'égrener les uns après les autres, et ça je suis prête à les laisser glisser sur moi. Mais dans les moments de galère, quand j'ai besoin qu'on me serre fort dans des bras sécurisants, Je sais qu'il n'y aura personne. ET CA ME FAIT PEUR!!!
Oh j'ai bien Julien et Océane sur lesquels je peux compter, mais ça n'est pas leur rôle, ils ont leurs problèmes aussi.
Océane se débat avec son CFC qui n'est toujours pas accordé, Julien avec une place d'apprentissage qui tarde à lui être attribuée. Les filles, les potes, une vie d'ado, il peine à trouver sa place dans ce monde qui bouge, mais ne se décourage pas. il y arrivera, j'en suis persuadée.
Le fait de savoir que j'ai trois enfants et qu'aucun n'a pour le moment aucun avenir, professionnel ou personnel, me ramène à mes responsabilités.
Qu'a-je été pour une mère, coupant ainsi l'élan de ses enfants?
Le fait est là. ils sont incapable de s'insérer correctement dans la société, parce que je les ai bridés, attachés, culpabilisés à chacune de leur tentative d'émancipation.
Pour leur bien, j'ai toujours essayé d'agir positivement dans leurs vies.
Avec le succès que l'on connait.
Leurs échecs sont cuisant, pour eux comme pour moi. Je n'ai pas su leur insuffler la confiance en eux dont ils ont besoin. Mes cris et mes ordres les ont tout simplement brisés.
Ils disent pourtant que je n'y suis pour rien, mais je sais bien que c'est pas vrai.
Avec une autre maman, ils seraient bien dans leur peau, bien dans leur vie.
Seule à faire face à leur éducation (on se souvient de la démission de leur père), j'ai fait au mieux, malheureusement ce mieux était le pire pour eux.
Et quand ils le réaliseront, je les aurai définitivement perdus.
J'ai déjà perdu Matthias, Océane commence à se lasser de mes sms pleins de jérémiades auxquels elle répond pourtant avec une patience infinie. Mais je sais qu'elle en a marre de prendre ce rôle de *parent*, à me rassurer chaque soir.
Julien, avec son jeune âge, se rend compte de mes erreurs, mais les accepte, il est le pilier de mon monde actuellement. Mais lui et moi savons qu'il souffre à chaque faiblesse de ma part, et que tout ça doit changer. Et ça ne sera que dans la colère qu'il arrivera à se détacher de moi.
Je vais, comme Olivier, les perdre tous les trois. Je le sais et ne peux rien y faire.
Seule, c'est le mot qui définit le mieux mon avenir.
Personne à qui confier mes doutes, mes peurs, mes terreurs.
C'est pas plus mal si on regarde tout le mal que j'ai fait à ceux que j'aime, à ceux qui m'aimaient.
Me restent les larmes, le chagrin, le regret, et Marius, ce nounours hérité de Charlotte voilà déjà tant d'années.
Et un coeur qui refuse de s'arrêter de battre. Des pensées toujours plus douloureuses, qui je le sens m'entraînent sur une pente que je pense je serai incapable de remonter.
Je deviens folle et là encore, y'a rien à faire pour que ça change.
ET JE SUIS MORTE DE TROUILLE.
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