surtout ne pas lâcher !
Mon dernier article parlait de cette colère qui me ronge, sans raison, insidieusement, froidement.
Parlait aussi de ma vie qui s'améliore, de mon aîné qui, semblait-il allait mieux, de ma fille qui vit sa vie, de mon dernier, qui trouvait sa voie, d'Olivier, enfin, qui se rapprochait.
Article écrit dans un élan, que dis-je dans une tornade de soulagement, la roue, semblait-il, avait tourné.
C'était, évidemment, parler trop tôt. C'était il y a quelques jours. C'était une éternité.
Une fois de plus, tout est à refaire. Je pensais, aux dires des médecins qui sont responsables de lui, passer la dernière semaine de ma vie à aller voir mon fils en HP, à le rassurer sur son avenir, pouvoir enfin le ramener à la maison, pas forcément guéri, mais assez bien pour qu'il puisse se mettre à construire sa vie. Avec ou sans moi, vivre enfin cette vie qu'il subit depuis si longtemps. Se réjouir de ses succès, de sa victoire, de près ou de loin, mais y assister, coûte que coûte.
Cela ne sera pas. Pas pour le moment en tous cas.
Comment réagir à l'annonce du prolongement de son internement? Comment ne pas s'effondrer alors que le K.O. est si proche? Comment continuer à croire en lui, alors qu'il dit préférer la mort plutôt que cette épreuve? Où trouver la force de l'aider à se relever, de continuer sa lutte, de reprendre confiance en lui?
Dure, tellement injuste, mais tellement raisonnable, cette décision, qui lui appartient, je n'ai pas à revenir dessus. Convaincu par les médecins qu'il est trop tôt pour lui d'être confronté au monde réel, il a accepté de reporter sa sortie. Il n'en reste pas moins déçu, persuadé qu'il s'agit là d'un échec dans sa lutte pour revenir. Il me revient d'accuser le coup, sans fléchir, et avant tout de le pousser à reprendre sa lutte, ce combat qu'il mène depuis plus de deux mois, seul, dans sa tête, dans son cœur, dans son âme.
Croire en lui, faire confiance à cette personnalité têtue et bornée (j'ai des souvenirs de mercredis après-midi passés à me battre avec lui pour faire ses devoirs sans succès!!), continuer, surtout, ces courses épuisantes là-bas, qui me privent chaque fois de la moitié de mon énergie...
S'atteler à la tâche, ne plus réfléchir, foncer.
Mon petit, qui s'épanouissait dans ce stage trouvé presque par hasard, au contact de ces personnes âgées qui lui importent tant, qu'il appelle si tendrement ses "petites merguez coiffées de meringues"...
Il fallait le voir partir travailler en sifflotant, heureux de découvrir une nouvelle journée pleine de jolies surprises en leur compagnie. Le voir revenir le soir, fatigué, mais rempli d'histoires à raconter sur les événements de sa journée. Soleil dans mes ombres, sa bonne humeur me faisait du bien, me rappelait que la vie ne s'arrête pas à un seul enfant, même si il est en détresse.
Un jour, son prof de classe s'est entretenu avec sa chef. Tant l'un que l'autre n'ont pas tari d'éloges sur sa personnalité douce, patiente, parfaite pour ce métier. Sa bonne volonté sans failles à effectuer toutes les tâches, même les plus répugnantes, avec un entrain plaisant. Son respect de la hiérarchie, enfin, faisant de lui un employé et collègue modèle. Il avait enfin trouvé sa voie, se surprenant à croire à une place d'apprentissage qui lui garantirait un avenir sûr fait d'un métier sur mesure pour ce ptit gars tellement sensible.
Ma fierté à penser qu'au moins lui serait à l'aise dans la Vie, sans aucun autre souci que lui souhaiter que ça dure le plus longtemps possible, peut-être même toute sa vie, qui sait?
Cela ne sera pas non plus. Pour le moment en tous cas.
La décision est tombée, sa candidature pour une place d'apprentissage sur ce site n'a pas été retenue.
Recommencer les dossiers de postulation, les CV, les lettres de motivation, les entretiens, les contacts, les refus, les faux espoirs d'engagement,....sans fléchir, chaque fois avec le même espoir, chaque fois en y croyant, en faisant confiance à ce bout d'homme pour qu'il arrive à s'insérer dans la société.
S'atteler à la tâche, ne plus réfléchir, foncer.
Par bonheur, ma fille va bien.
Coulant le parfait amour avec son ami (quoique!), décidée à mener à bien la réussite de son examen en vue de son CFC, elle fait partie de ces gens si précieux sur lesquels je peux compter. Toujours présente avec des sms ou des message FB très drôles, elle cache ses souffrances pour mieux soigner les miennes. Ce n'est pas son rôle, elle et moi le savons, mais elle l'assume à la perfection. Unique, adorable, c'est ma plus belle réussite.
Olivier, quant à lui, semble se rapprocher, il vient plus souvent, répond plus volontiers à mes SMS, avoue avoir "besoin" de passer du temps avec moi. Mais cela suffit-il? Peut-on vraiment construire un avenir juste avec quelques heures par semaine passées ensemble? Je crois à notre histoire, lui plus vraiment. Rien de plus à ajouter.
Sauf que sans lui je n'aurais pas la force de continuer. Présent quand ça lui chante, je m'efforce de me contenter de ce qu'il me donne, consciente que rien ne l'oblige à prendre du temps pour moi. J'essaie de relativiser, de me dire qu'un jour viendra où nous serons enfin réunis. Faudra vraiment un jour que je m'attelle à prendre du recul par rapport à lui. Imprimer une bonne fois pour toutes que même si je suis, comme il me l'a confié l'autre jour, *la femme qui aura le plus compté dans sa vie*, que je ne suis plus pour lui cette femme "merveilleuse" qu'il écrivait que j'étais il y a encore moins de deux ans de cela. Ses sentiments étaient vrais, il a vraiment été très épris, ça je n'en doute pas. Etaient, mais ne sont plus, soyons réalistes. Faudra un jour que je lâche cette histoire, comme une petite fille lâche une histoire de prince charmant en grandissant. Me faire à l'idée que tous ces rêves n'étaient que balivernes et billevesées. Accepter un avenir de solitude, sans la force de ses bras, la tendresse de son regard, la gentillesse de ses paroles.
S'atteler à la tâche, ne plus réfléchir, foncer.
Surtout ne pas lâcher!
Tenir pour Matthias, pour Océane, pour Julien.
Après le mal que je leur ai fait, je leur dois bien ça.
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