Que faire?

Maintenant que j'ai perdu mon dernier fils, qu'Olivier ne répond même plus à mes messages, que je m'apprête à déménager alors que je ne sais même pas si j'aurai un appartement, maintenant que j'ai tout perdu, je réalise que ma vie est un trou noir dans lequel je m'enfonce chaque jour un peu plus.
On dit qu'il faut avoir un but ou un rêve pour avancer, moi je n'en ai plus. Longtemps j'ai croché pour mes enfants, rêvant d'un jour impossible au cours duquel je ferais une fête, entourée de ma progéniture, de leurs familles, de mes descendants, et pourquoi pas d'Olivier....
Ce rêve, comme tous les autres, j'en ai fait mon deuil. Dans la douleur, les larmes et la solitude.
Je sais maintenant qu'il ne suffit pas d'y croire pour que ça se passe.
Plus de rêves, pas d'envie, je prends conscience que ma vie à l'avenir ne sera plus qu'une suite de jours, de nuits, sans joie, sans rires, sans personne avec qui partager...quoi?
J'ai fait ce deuil, oui. Ce que je n'arrive pas, c'est me projeter dans l'avenir. J'ai trop peur. Peur de cette solitude, de cette vie qui m'attend, de me retrouver seule avec moi-même, maigre coquille vide qui n'arrive plus à s'intéresser à ce qui l'entoure.
Que vais-je faire de tout ce temps? Comment occuper ces journées si longues, si tristes, si fades? Ne viens pas me dire cher lecteur que je devrais faire du bénévolat, ou m'investir dans une société.
J'ai donné. De l'attention, de l'amitié, de l'amour. Avec les résultats que l'on sait. Tellement bien que l'on me fuit.
Et quand je vois que ce que j'ai à donner fait pareillement de mal, je pense qu'il vaut mieux que je reste en retrait.
Que vais-je faire de tous ces sentiments qui m'animent encore? Toute cette tendresse, cet amour, cet humour qui m'étouffent jour après jour et dont personne ne veut plus?
Arriverai-je à les dominer, les reléguer dans un coin de mon coeur, les museler, jusqu'à n'en faire qu'un tas de cendres?
Et dans ce cas, qu'adviendra-t'il de moi?
Je préférerais mourir plutôt que devenir une vielle femme revêche, jalouse, méchante et agressive.
Pourtant je n'ai pas le courage de mettre fin à mes jours. Je sais bien que c'est la seule option qui me reste, que que ceux que j'aime vivront mieux de me savoir au cimetière plutôt que dans leurs pattes à pleurer sur mon sort en ressassant toujours les mêmes histoires.
Lâche jusque devant la mort. Ce n'est pas la mort qui me fait peur, c'est le chemin pour y parvenir. Mes convictions sont telles que pour moi une autre vie s'ouvrira à moi, que la mort ne sera qu'un passage, que je renaîtrai sous une autre forme, mais que mon âme sera la même. C'est-à-dire que les souffrances que je ressens seront toujours là à ma renaissance. Dans ce cas, à quoi cela servira-t'il de mourir, si c'est pour continuer à souffrir?
Autant ne pas provoquer cette mort qui de toute manière viendra à moi, et attendre sagement mon heure. C'est juste une question de confort.
En attendant, continuer à laisser mon coeur battre, mes poumons respirer, mes muscles agir.
Essayer de ne pas penser à ce qui aurait pu être, à ce qui ne sera jamais. Me réjouir pour ceux que j'aime. Leur souhaiter de ne jamais comprendre ce que je ressens.
Et arrêter d'essayer de trouver un sens à ma vie. Il n'y en a pas, il n'y en aura jamais.
C'est ça mon destin, faut juste que je l'accepte, car accepter l'inévitable c'est le seul chemin qui conduit à la sérénité.
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